Des idées d’ouvrage pour approfondir la réflexion :
Le Canard enchaîné, les Cent un ans : Un siècle d’articles et de dessins :
LE CANARD ENCHAINE : LA VE REPUBLIQUE EN 2000 DESSINS
L’Incroyable Histoire du Canard Enchaîné – 3ème Edition Format Kindle
🦆 Le Canard enchaîné : Un Siècle de Satire, d’Enquêtes et d’Indépendance
🌟 Introduction : Un Phare de la Presse Satirique Française
Le Canard enchaîné est bien plus qu’un simple journal ; il est une institution de la presse française, un hebdomadaire satirique et d’enquête qui paraît fidèlement chaque mercredi. Fondé dans un contexte de guerre et de censure, il a su traverser les époques pour devenir le plus ancien titre de presse satirique encore actif en France. Son histoire est celle d’une lutte constante pour l’indépendance, la dénonciation des abus et la défense d’un journalisme incisif, marqué par l’humour, l’ironie et un engagement sans faille. Depuis sa création en 1915, cet hebdomadaire unique en son genre a révélé d’innombrables affaires scandaleuses, tout en cultivant un modèle économique et une ligne éditoriale qui lui sont propres.
📜 Genèse et Ancrage Historique (1915-1990)
🚀 La Naissance en Temps de Guerre : Un Acte de Résistance Humoristique
L’histoire du Canard enchaîné débute le 10 septembre 1915, en pleine Première Guerre mondiale, sous l’impulsion de Jeanne et Maurice Maréchal, avec l’aide d’Henri-Paul Deyvaux-Gassier. Sa création est un acte délibéré de résistance à la censure de guerre, comme en témoigne son nom. Il fait directement allusion au quotidien de Georges Clemenceau, « L’Homme libre », qui, critiquant ouvertement le gouvernement, fut censuré et contraint de changer son titre en « L’Homme enchaîné ». S’inspirant de cette situation, les fondateurs choisirent « Le Canard enchaîné », le terme « canard » désignant familièrement un journal. Le premier numéro parut donc le 10 septembre 1915.
La première série de l’hebdomadaire, réalisée avec des moyens limités, s’acheva au bout de cinq numéros. Cependant, le journal renaquit le 5 juillet 1916 sous la direction de Rodolphe Bringer, marquant ainsi le véritable point de départ de sa série actuelle. Le titre connut même une brève variation, devenant « Le Canard déchaîné » du 15 octobre 1918 au 28 avril 1920. Les emblématiques canards de la manchette et les canetons qui animent les pages sont l’œuvre d’Henri Guilac, l’un des premiers collaborateurs du journal.
🕊️ Un Positionnement Inflexible : Pacifisme et Anti-Censure
Dès sa fondation, le positionnement du Canard enchaîné fut clairement défini et a perduré jusqu’à aujourd’hui. Laurent Martin souligne que la lutte contre la censure et le « bourrage de crâne », le pacifisme et l’antimilitarisme, ainsi que la dénonciation des profiteurs de toutes sortes, sont restés des réflexes identitaires et des attitudes fondamentales au fil de l’histoire du journal. Ce n’est donc pas un hasard si, lors de la Seconde Guerre mondiale, le journal cessa volontairement de paraître entre juin 1940 et septembre 1944, ne reprenant sa publication qu’à la libération de Paris.
🕵️ Le Virage vers le Journalisme d’Enquête
Si le Canard enchaîné est né satirique, il a évolué pour devenir également un journal d’enquête majeur. Ce basculement significatif de la satire à l’information s’est opéré depuis les années 1960. Dans les années 1970, cette orientation fut structurée autour de Jean Clémentin, alors rédacteur en chef, qui joua un rôle clé dans cette transition. C’est grâce à cette double casquette que l’hebdomadaire a pu révéler un nombre considérable d’affaires scandaleuses, marquant ainsi profondément le paysage politique et médiatique français. Parmi les révélations les plus retentissantes figurent l’affaire des micros à la rédaction du Canard (surnommée l’affaire des plombiers), l’affaire des diamants de Bokassa, l’affaire Papon et l’affaire Fillon. Certaines de ces affaires ont même entraîné des ventes exceptionnelles, atteignant parfois plus d’un million d’exemplaires, comme pour l’affaire Maurice Papon en 1981 ou l’affaire des plombiers en 1973.
💎 Les Piliers de l’Indépendance : Un Modèle Unique
Le Canard enchaîné se distingue par des caractéristiques fondamentales qui garantissent son indépendance et sa singularité dans le paysage médiatique français.
🛡️ Un Capital Verrouillé et Sans Publicité
L’indépendance du Canard enchaîné est juridiquement blindée. Ses statuts sont stricts : les actions du journal ne peuvent être détenues que par ses journalistes ou ses retraités. Cette particularité capitalistique empêche toute influence extérieure et garantit que les décisions éditoriales sont prises en toute autonomie.
Un autre pilier de son indépendance est son refus catégorique de la publicité. Cette politique, qui va à l’encontre du modèle économique de la plupart des médias, vise à éviter l’influence des annonceurs sur le contenu des informations. Le journal fait d’ailleurs preuve d’une transparence remarquable en publiant chaque année son bilan financier, informant ainsi ses lecteurs sur l’état de ses finances et leurs provenances. Cette indépendance économique, combinée à des frais de gestion limités et stables, a permis au journal de maintenir un prix de vente stable pendant de longues périodes, notamment de 1991 à 2021. Ce prix était même inférieur au passage à l’euro, passant de 8 francs à 1,20 €. Une première augmentation à 1,50 € est intervenue en février 2021 pour faire face à la crise du Covid, au dépôt de bilan de son distributeur Presstalis (qui lui a coûté trois millions d’euros), et pour améliorer la marge des marchands de journaux, assurant ainsi sa sécurité économique. Le prix est passé à 1,80 € en février 2024.
🦆 Devise et Slogan : L’Esprit du Canard
L’esprit du Canard est parfaitement encapsulé dans sa devise, inventée par H.-P. Gassier en 1915 : « Tu auras mes plumes, tu n’auras pas ma peau ». Cette phrase résume la détermination du journal à dénoncer sans relâche, quitte à en subir les conséquences, mais sans jamais plier. Son slogan, « La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas », est une allusion astucieuse au slogan d’une célèbre marque de piles et illustre parfaitement sa ligne éditoriale : dénoncer tous les scandales publics (politiques, économiques, judiciaires) en France et à l’étranger.
🤝 Éthique et Fiabilité
Le Canard enchaîné adhère à la charte de Munich, un texte fondamental qui assure la protection des sources d’information des journalistes, renforçant ainsi la confiance de ses informateurs. La rédaction insiste sur la vérification et le recoupement rigoureux de ses informations. Et lorsqu’une erreur se glisse, le journal fait preuve d’une intégrité rare en la reconnaissant publiquement dans une rubrique dédiée intitulée « Pan sur le bec ! ». Ces démentis sont souvent accompagnés d’une touche d’humour, suggérant que le journaliste fautif devra « payer sa tournée au bistrot du coin ».
Grâce à ses enquêtes solidement étayées, vérifiées juridiquement et appuyées par des témoins fiables, le Canard enchaîné perd rarement les nombreuses attaques en justice dont il est la cible, notamment en raison de ses investigations régulières dans les domaines politique et économique.
🎭 Ligne Éditoriale et Langage : Entre Satire et Connivence
Le ton du Canard enchaîné est inimitable : un mélange d’humour, de satire et d’ironie.
😂 L’Art du Jeu de Mots et de l’Antiphrase
Les titres et sous-titres des articles regorgent de jeux de mots astucieux, et la conclusion de certains articles se termine souvent par une chute percutante. L’antiphrase est également une technique stylistique courante : le journal semble reprendre les termes de son adversaire, voire le défendre, pour mieux en souligner les limites ou l’absurdité de sa position. Des personnalités comme Jean-Paul Grousset ont été des maîtres en la matière.
🗣️ Un Langage Ancré dans le Quotidien et Créateur d’Expressions
Le Canard cherche à établir une connivence avec son lecteur « moyen ». C’est pourquoi, malgré un style souvent soutenu, il n’hésite pas à employer des formules issues du langage populaire et à affubler les personnalités qu’il critique de surnoms moqueurs, tels que « Chichi » pour Chirac ou « L’Ex » pour Giscard. Au fil de son histoire, l’hebdomadaire a même contribué à l’enrichissement du langage populaire avec des expressions devenues célèbres comme « minute Papillon », les « étranges lucarnes », ou encore l’onomatopée « Bla bla bla », lancée par Pierre Bénard dès 1946.
🎨 Le Rôle Indispensable des Dessinateurs
Depuis sa création, les dessinateurs de presse sont des acteurs essentiels du Canard enchaîné. Leurs caricatures occupent une place prépondérante dans les pages de l’hebdomadaire, qui compte plus d’une douzaine d’illustrateurs réguliers. Ces dessins, souvent mordants, contribuent à l’identité visuelle et au message satirique du journal.
🏛️ Les Rubriques : Chroniques d’un Monde Déchaîné
Le Canard enchaîné est structuré par un ensemble de rubriques, certaines permanentes et d’autres éphémères, qui contribuent à sa richesse et à sa diversité.
📰 Rubriques Actuelles emblématiques
- Les interviews (presque) imaginaires du Canard : Apparaissant sporadiquement, cette rubrique de Frédéric Pagès mêle de vraies déclarations sorties de leur contexte et des déclarations imaginées de grandes personnalités.
- La Mare aux canards : Présente en pages 2 et 3, elle relate officieusement des paroles ou actions imprudentes de personnalités, rarement relayées par la presse. C’est une page redoutée des acteurs politiques.
- Minimares : Une sous-rubrique de « La Mare aux canards » composée de brèves sarcastiques tirées d’autres journaux.
- Pan sur le bec : L’espace dédié aux démentis et à la reconnaissance des erreurs, souvent avec une touche d’humour.
- La noix d’honneur / Le mur du çon / La brosse à reluire / Le melon d’or : Ces rubriques récompensent ou épinglent chaque semaine des propos plats, ineptes, faux, des « conneries » prononcées par des personnalités, la flagornerie ou la prétention.
- Couac : Histoires de péripéties vécues par des lecteurs.
- Conflit de canard / Plouf ! : Articles sur l’alimentation, l’écologie et l’altermondialisme.
- Critiques littéraires (Lettres ou pas Lettres, Feuilleté de Canard, La Voie aux Chapitres, Docs en stock, Plume de Canard).
- Vite dit ! : Brèves humoristiques d’actualités en dernière page.
- Comme son nom l’indique / À travers la presse déchaînée / Rue des petites perles : Rubriques qui recueillent les « perles » et coquilles de la presse confrère, parfois même du Canard lui-même.
- Le Cinéma : Critiques cinématographiques, distinguant « les films qu’on peut voir », « à la rigueur », ou « ne pas voir ».
- Mots croisés : Créés par Alain Dag’Naud, avec des définitions pleines de jeux de mots.
- Prises de Bec : Portrait au vitriol de personnalités de l’actualité.
- En bas (très) à droite : Chronique sur la banalisation des idées d’extrême-droite.
🕰️ Anciennes Rubriques Marquantes
Le journal a également connu des rubriques emblématiques qui ont marqué leur époque :
- Feuillets de route de l’ami Bidasse : Chroniques d’André Guérin (Première Guerre mondiale) puis de Jean Clémentin (Guerre d’Algérie), relatant le quotidien des soldats.
- Contes du Canard enchaîné : Des contes signés par des écrivains comme Jean Cocteau ou Tristan Bernard, présents dès le premier numéro.
- La Cour / La Régence : Une chronique mordante du pouvoir gaullien par Roger Fressoz et Roland Moisan, devenue légendaire.
- Journaux intimes fictifs : Des rubriques satiriques très populaires par Frédéric Pagès, se moquant de personnalités politiques à travers de faux journaux intimes, tels que le « Journal de Xavière T. », le « Journal de Carla B. », « Valérie T. si je mens », ou « Le journal de Penelope F. ».
- Les nouveaux beaufs : Bande dessinée de Cabu, dont la parution cessa avec son assassinat en 2015, remplacée par des rétrospectives de ses dessins.
- Coups de barre : Chronique judiciaire de Dominique Simonnot, offrant un aperçu cru du quotidien des tribunaux correctionnels, avant son départ en 2020.
🌐 Le Canard et le Numérique : Une Transition Tarduive mais Essentielle
Pendant longtemps, Le Canard enchaîné s’est montré réticent à embrasser pleinement l’ère numérique.
🐢 Une Entrée Prudente sur la Toile
En 2011, le Wall Street Journal s’étonnait de la vitalité de l’hebdomadaire, qui, sans site internet ni publicité, affichait un revenu net de 4,5 millions d’euros en 2010. L’entrée du Canard sur la toile fut d’abord timide : en juillet 2012, il ouvrit un compte Twitter, principalement pour éviter les usurpations d’identité. Ce compte fut ensuite utilisé pour annoncer, dès le mardi soir, certains sujets de l’édition à venir, et la une du journal y était diffusée la veille de sa parution.
En mars 2014, le site web du Canard enchaîné publia son premier article, diffusant les enregistrements pirates de Patrick Buisson, alors conseiller de Nicolas Sarkozy, ce qui déclencha une vive polémique. Malgré cela, en 2017, le journal ne possédait aucun compte Facebook, demandant même la fermeture des comptes frauduleux.
La position de Nicolas Brimo, ancien directeur de la publication, illustre cette réticence : il n’envisageait pas de développer un site d’information, arguant qu’« En allant sur Internet, vous mangez surtout votre vente de papier » et exprimant son incompréhension du modèle économique de la presse en ligne.
🚀 L’Accélération Post-Pandémie
Cependant, la pandémie de coronavirus a précipité le journal dans le numérique. Le 25 mars 2020, pour la première fois, Le Canard enchaîné sortit en version numérique (n°5185) afin d’assurer la diffusion pendant le confinement, proposée gratuitement aux abonnés et à 1 euro pour les autres lecteurs. Cette expérimentation a conduit à une accélération de sa transition numérique.
En décembre 2020, de nouvelles formules d’abonnement furent annoncées, incluant un accès numérique au journal dès le mardi soir (la veille de la sortie papier) et l’accès aux archives des numéros de moins de deux ans. En novembre 2022, le journal ouvrit sa propre page sur Instagram.
Finalement, en 2024, avec une diffusion à 230 000 exemplaires par numéro, le président Érik Emptaz, constatant que le format papier continuerait de souffrir, annonça un changement de stratégie résolu vers le numérique. Le nouveau site internet du journal a été officiellement mis en ligne le 24 septembre 2024.
🌪️ Controverses et Défis Internes : L’Envers du Décor
Même un journal habitué à dénoncer les scandales n’est pas à l’abri des controverses et des défis internes.
🕵️♂️ L’Affaire Jean Clémentin et les Renseignements Tchèques
En 2019, la découverte d’archives de la StB (service de renseignement tchécoslovaque pendant la période soviétique) par l’historien tchèque Jan Koura a mis en lumière une affaire embarrassante. Jean Clémentin, journaliste et rédacteur en chef du Canard enchaîné dans les années 1970 (connu sous le pseudonyme de « Jean Manan »), aurait été rémunéré par la StB pour espionner en France, au Royaume-Uni et en Allemagne de l’Ouest. Plus grave encore, il aurait écrit de faux articles contre une rémunération importante, profitant de la réputation de crédibilité du Canard pour publier, par exemple, un article sur un faux testament politique du chancelier Konrad Adenauer afin de créer des divisions au sein de la CDU.
L’enquête a révélé qu’il avait participé « activement et consciemment » à trois opérations de désinformation, publiant des articles conçus par la StB. L’affaire, révélée par L’Obs en février 2022, mettait en évidence l’implication de Clémentin entre 1957 et 1969. Protégé par la prescription, Jean Clémentin, décédé en janvier 2023, n’a pu répondre à ces accusations.
📄 Soupçons d’Emploi Fictif et Crise Interne
Une autre controverse majeure, ayant des répercussions internes significatives, concerne des soupçons d’emploi fictif lié à André Escaro, dessinateur et ancien administrateur du journal. En 2022, Christophe Nobili, journaliste et rédacteur au Canard enchaîné, ainsi que délégué syndical SNJ/CGT, a déposé plainte pour abus de biens sociaux et recel d’abus de biens sociaux. Il accusait la compagne d’André Escaro d’avoir bénéficié d’un emploi fictif pendant près de vingt-cinq ans, jusqu’à sa retraite en 2020, pour un préjudice estimé à 3 millions d’euros.
Cette affaire a mis à mal la réputation de l’hebdomadaire, habitué à dénoncer ce type de scandale dans le champ politique français. Des anciens salariés ont exprimé des doutes sur le travail effectif de la compagne d’Escaro. La direction du journal, par la voix de Nicolas Brimo et Michel Gaillard, a défendu cette embauche, expliquant qu’Edith avait aidé André Escaro à trouver « l’astuce qui fait le sel » de ses dessins, et que son embauche en 1996 avait permis de retenir le dessinateur qui souhaitait prendre sa retraite.
Cependant, cette justification n’a pas convaincu tout le monde. Les co-rédacteurs en chef, Érik Emptaz et Jean-François Julliard, ont accusé Christophe Nobili de vouloir « mettre à mal le journal ». Cette position a été désavouée par une partie des salariés, et un ancien journaliste du Canard a même comparé la défense de l’hebdomadaire à celle de « Penelope Fillon ». Les salariés ont rappelé dans un communiqué que « le droit social français ne prévoit pas de rémunérer un salarié à la place d’un autre ».
⚖️ Licenciement du Lanceur d’Alerte et Procès à Venir
L’affaire a pris une tournure dramatique avec la mise à pied de Christophe Nobili fin mars 2023 et sa convocation à un entretien préalable au licenciement, suite à la publication de son livre « Cher Canard. De l’affaire Fillon à celle du Canard enchaîné ». La section syndicale SNJ-CGT et 27 membres de la rédaction ont dénoncé cette décision, y voyant une atteinte aux « valeurs fondamentales » et à la « raison d’être du Canard enchaîné ». L’ancien rédacteur en chef, Claude Angeli, a également critiqué la direction pour ne pas avoir permis aux soutiens de Nobili de s’exprimer dans les colonnes du journal.
Le licenciement de Nobili a été refusé à deux reprises par l’inspection du travail en mai et août 2023, celle-ci estimant un « lien » entre la demande de licenciement et son mandat syndical. Malgré ces refus, la direction a fait appel au ministre du Travail en octobre 2023 pour faire valider le licenciement. L’affaire est toujours en cours, avec le président Érik Emptaz saisissant le tribunal administratif en avril 2024, l’ultime voie de recours. Fait notable, Christophe Nobili a recommencé à signer des articles dans le Canard à partir de janvier 2024.
Le point culminant de cette affaire judiciaire est prévu pour juillet 2025, où Michel Gaillard (ancien président), Nicolas Brimo (son successeur), André Escaro et son épouse seront jugés par le tribunal de Paris pour abus de biens sociaux, emploi fictif, fraude à la carte de presse, entre autres. Le ministère public a requis des peines de prison avec sursis. Le Canard enchaîné a même évoqué ce procès dans ses numéros de juillet 2025.
💻 Plainte pour « Perquisition Numérique Illégale »
En mars 2024, Le Canard enchaîné a déposé plainte contre X pour « perquisition numérique illégale », estimant avoir été victime d’une atteinte aux « piliers de [l’]État de droit » concernant une entreprise de presse. Une enquête, confiée à l’IGPN, a été ouverte par le parquet de Paris. La plainte initiale ayant été classée sans suite, le journal a déposé une nouvelle plainte.
👴 Conflit de Générations et Vieillissement de la Rédaction
En septembre 2022, Le Monde a décrit un « conflit de générations » au sein de la rédaction. La reconduction de Nicolas Brimo (72 ans) et Michel Gaillard (78 ans) à leurs postes de direction en juin 2022, après la suppression de la limite d’âge en 2014, a mis en lumière une moyenne d’âge de la rédaction proche de 60 ans. Cette situation soulève des questions sur le renouvellement et l’évolution future du journal.
📈 Vitalité et Impact : L’Héritage d’un Siècle
Malgré les controverses et les défis, Le Canard enchaîné a maintenu sa vitalité pendant plus d’un siècle. En 2013, sa diffusion totale payée s’élevait à près de 400 000 exemplaires par semaine. En 2024, la diffusion était de 230 000 exemplaires par numéro.
L’attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015 a particulièrement touché le Canard enchaîné, qui a reçu des menaces et a rendu hommage au dessinateur Cabu, un pilier des deux périodiques. Le journal a célébré ses 100 ans, ou même 101 ans compte tenu de sa double naissance en 1915 et 1916, en juillet 2016.
La création d’une section syndicale fin 2021 et l’élection d’une liste SNJ-CGT au Comité social et économique (CSE) en mai 2022, avec une forte participation des journalistes, témoignent également d’une vie sociale interne active et d’une volonté d’assurer la défense des intérêts des salariés.
🎯 Conclusion : Un Avenir entre Tradition et Modernité
Le Canard enchaîné, cet hebdomadaire au format « quotidien » et à l’impression bichrome, a su, depuis plus d’un siècle, conserver son identité unique. Né de la satire et devenu maître de l’enquête, il a toujours mis en avant son indépendance farouche, qu’elle soit financière ou éditoriale. Fidèle à ses origines antimilitaristes et critiques du pouvoir, il se revendique aujourd’hui d’une « objectivité » qui dénonce les dérives de tous bords politiques.
Le journal a prouvé sa capacité à s’adapter, bien que parfois tardivement, comme en témoigne sa récente accélération numérique. Confronté à des défis internes et judiciaires majeurs, il doit naviguer entre la préservation de ses valeurs fondamentales et la nécessité d’évoluer. Son rôle de chien de garde de la démocratie française, révélant les scandales et faisant rire ses lecteurs avec un humour incisif, reste néanmoins intact, faisant du Canard enchaîné un acteur indispensable de la presse contemporaine.
