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Neil Young : Chronologie et Analyse d’une Figure Emblématique du Rock 🇨🇦🇺🇸
Neil Percival Young, né le 12 novembre 1945 à Toronto, est une figure majeure de la musique nord-américaine, reconnu comme un auteur-compositeur, chanteur et guitariste canado-américain. Son œuvre prolifique traverse plusieurs décennies et genres, allant du folk acoustique le plus doux au hard rock le plus saturé, lui valant l’épithète de « Godfather of Grunge ». Son art est défini par une quête constante d’authenticité et un rejet délibéré des conventions commerciales.
Son apogée de popularité est largement située au début des années 1970, une période marquée par le succès des albums majeurs que sont After the Gold Rush et Harvest.
1. Les Fondations : Enfance, Santé et Premiers Pas Musicaux (1945–1966) 👶
1.1 Origines et l’épreuve de la Polio
Neil Young est le deuxième fils de Scott Young, journaliste, et de Edna Blow Ragland « Rassy » Young. En novembre 1945, il naît à Toronto. Après le retour de son père de la Seconde Guerre mondiale, la famille s’installe en 1949 à Omemee, en Ontario. Neil conserve un souvenir nostalgique et heureux de cette période, qu’il évoquera plus tard dans des chansons telles que Helpless ou Born in Ontario.
En 1951, la vie du jeune Neil est marquée par une attaque de poliomyélite durant la dernière grande épidémie que connaît l’Ontario. Il perd temporairement l’usage de ses jambes et est contraint de réapprendre à marcher. De cette maladie, il conserve des séquelles permanentes, notamment au niveau du bras et de la main gauche, qui ne retrouveront jamais leur pleine dextérité.
💡 Conséquences sur son style musical : Ces difficultés physiques ont eu un impact direct sur son style. Elles l’ont amené à développer un jeu de guitare très personnel, favorisant le picking de la main droite en acoustique, et l’utilisation du vibrato Bigsby sur sa célèbre guitare électrique, la Gibson Les Paul 1952 customisée, surnommée Old Black.
Au début des années 1970, il souffre à nouveau de séquelles au niveau des vertèbres dorsales, causant des douleurs et une paralysie partielle temporaire. Il devra porter un corset, y compris sur scène, jusqu’à une intervention chirurgicale (laminectomie) réussie en 1971.
1.2 La rupture familiale et l’évasion par la musique
En 1959, après le divorce de ses parents, Neil, alors âgé de 13 ans, déménage avec sa mère à Winnipeg, dans le Manitoba, à 2 000 km de Toronto. Séparé de son père et de son frère, cette période est rendue difficile par la dépression de sa mère. C’est durant cette épreuve qu’il s’initie à la guitare en autodidacte, faisant de cette passion sa priorité sur l’école.
À 16 ans, il forme son premier groupe, The Squires, qui inclut Ken Koblun, Allan Bates, Ken Smyth et Bill Edmondson. Ils jouent des classiques folk, blues et rock, et sont repérés par la radio CKRC de Winnipeg, enregistrant en 1963 un 45T avec deux instrumentaux originaux composés par Young : The Sultan et Aurora. Il évoquera cette jeunesse dans des titres comme Sugar Mountain ou Don’t Be Denied.
En tournée en 1964, The Squires rencontrent des problèmes de véhicule (un corbillard Buick 1948 d’occasion surnommé « Mort »). Le groupe se dissout, incapable de poursuivre la tournée.
2. L’Ascension et l’Émergence d’une Voix Artistique (1966–1972) 🎸
2.1 L’aventure américaine et Buffalo Springfield
Après un bref passage à Toronto et une tentative ratée avec le groupe The Minah Birds (dont le contrat avec Motown est annulé suite à l’arrestation de Rick James), Neil Young et le bassiste Bruce Palmer décident de partir pour Los Angeles. Ils quittent le Canada sans permis de séjour, cherchant à retrouver le guitariste Stephen Stills.
En Californie, en 1966, Neil Young entre sur la scène internationale en cofondant Buffalo Springfield. Ce groupe, considéré comme un pionnier du folk rock, signe avec Atlantic Records.
- Composition : Neil Young, Stephen Stills, Richie Furay, Dewey Martin et Bruce Palmer.
- Succès précoce : Leur premier single composé par Young, Nowadays Clancy Can’t Even Sing, se classe au Top 25 à Los Angeles. Stephen Stills compose peu après For What It’s Worth, qui devient un succès national.
C’est à cette époque que Neil Young subit des crises d’absence épileptique. Ces troubles cérébraux, potentiellement d’origine génétique (sa fille Amber Jean présentera les mêmes troubles), augmentent son anxiété en public et sa crainte des foules, le tenant à l’écart des drogues dures.
Il lance finalement sa carrière solo après le festival de Monterey en juin 1967, où il est remplacé par David Crosby.
2.2 Crazy Horse : Le Son Rugueux et l’Influence Grunge
En 1968, Neil Young sort son premier album solo, Neil Young. L’année suivante, il recrute Crazy Horse pour enregistrer son deuxième disque, Everybody Knows This Is Nowhere.
Crazy Horse, dont le noyau dur était composé de Danny Whitten (guitare), Ralph Molina (batterie) et Billy Talbot (basse), devient le groupe d’accompagnement privilégié de Young, l’accompagnant sur douze albums.
Leur collaboration donne naissance au son électrique caractéristique de Young :
- Expérimentation : Young se sent libre d’expérimenter un son « rugueux ».
- Genre : Il crée un garage rock situé entre le hard rock et le punk.
- Technique : Utilisation intensive de la distorsion, des guitares saturées, et de longues improvisations instrumentales débridées.
Cette recherche d’authenticité et la puissance de leurs albums (notamment Rust Never Sleeps en 1978, Freedom en 1989, et Ragged Glory en 1991) ont eu une influence déterminante sur la génération suivante de musiciens. C’est pourquoi des groupes comme Pearl Jam, Nirvana et Sonic Youth le citent comme influence majeure, et Young est surnommé le Godfather of Grunge.
2.3 Crosby, Stills, Nash and Young (CSNY) et la Gloire
En parallèle de sa carrière solo, Neil Young rejoint le trio Crosby, Stills and Nash en 1969. Il apparaît au mythique festival de Woodstock mais refuse d’être filmé. Le quatuor sort l’album Déjà Vu en 1970. Le groupe continuera de collaborer épisodiquement.
En 1972, Neil Young s’entoure des Stray Gators pour enregistrer Harvest. L’album est un succès phénoménal, atteignant la première place aux États-Unis et au Royaume-Uni, et lui valant le prix de l’Académie Charles-Cros en France.
3. La Période Sombre et le Secret d’un Album 💔
La période post-Harvest est marquée par de profondes tragédies personnelles et un changement radical dans sa production artistique, souvent qualifiée de « période noire ».
3.1 Tragédies et dépression
Cette phase est initiée par deux événements douloureux :
- La mort de Danny Whitten (guitariste de Crazy Horse) en 1972.
- Le handicap de son fils aîné, Zeke Young.
Zeke, né le 8 septembre 1972, souffre d’une infirmité motrice cérébrale modérée, nécessitant un appareillage. Profondément affecté par ces deuils et difficultés, Neil Young sombre dans la dépression, abusant de cannabis et d’alcool.
Cette douleur transparaît dans ses albums de l’époque :
- Time Fades Away (1973)
- On the Beach (1974)
- Tonight’s the Night (1975), un album sur lequel il relate directement la mort de ses amis, Danny Whitten et le roadie Bruce Berry, tous deux décédés des suites d’une overdose.
3.2 L’histoire du Secret : Homegrown
Sa vie personnelle est alors étroitement liée à l’actrice Carrie Snodgress, rencontrée en 1970. Elle lui inspire de nombreux morceaux (dont A Man Needs a Maid, Motion Pictures ou Separate Ways). Ils vivent au Broken Arrow Ranch, une propriété de 60 hectares que Neil Young achète en 1970 au nord de la Californie.
Le couple se sépare en 1974. Cette rupture est si douloureuse que Neil Young décide de garder l’album Homegrown inédit pendant 45 ans. Cet album, enregistré entre 1974 et 1975, était initialement prévu pour suivre Harvest.
Il explique lui-même la raison de cet enfouissement : « C’est le côté triste d’une histoire d’amour. Les dégâts causés. Le chagrin d’amour. Je ne pouvais simplement pas l’écouter. Je voulais aller de l’avant. Alors je l’ai gardé pour moi, caché dans le coffre-fort… ».
L’album Homegrown sera finalement publié en 2020.
4. Les Expérimentations et le Retour de la « Flamme Rock » (1982–1994) 🤯
4.1 La décennie Geffen : L’ère du « n’importe quoi »
Après avoir épousé Pegi Morton en 1978, Neil Young prend trois ans de recul avec les tournées pour se consacrer à sa famille, notamment à son deuxième fils, Ben Young (né en 1978), qui souffre également d’infirmité motrice cérébrale.
En 1982, il signe un nouveau contrat avec David Geffen, quittant Reprise Records. Geffen lui promet une liberté artistique totale, mais les tensions apparaissent rapidement :
- Geffen refuse l’album Island In The Sun.
- Young sort alors Trans, un album de musique électronique qui déconcerte le public et les critiques.
- Un album suivant, jugé trop country par Geffen, est également refusé.
- En réaction, Neil Young enregistre un album rockabilly, Everybody’s Rockin’ (1983).
La période Geffen (qui s’achève en 1987) est souvent considérée par la critique comme une ère de confusion ou de « n’importe quoi » pour l’artiste. Cependant, elle a pu être un moment de liberté créatrice et de retour au calme après l’intensité de la décennie 1970. Il publiera en 1993 une compilation de cette période, Lucky Thirteen.
4.2 L’onde de choc Kurt Cobain
En 1988, il retourne chez Reprise Records. La période post-Geffen est marquée par le succès et un retour à un rock plus puissant avec des albums comme Freedom (1989) et Ragged Glory (1990).
En 1994, l’album Sleeps with Angels est profondément marqué par la mort de Kurt Cobain.
Cobain, dans sa lettre posthume, citait la phrase de Young extraite de Hey Hey, My My : « It’s better to burn out than to fade away » (Mieux vaut se cramer intensément que s’éteindre à petit feu).
Young est bouleversé, d’autant plus que cette mort violente, vingt ans après celle de Danny Whitten, lui rappelle son propre passé. Il révèle avoir tenté de contacter Cobain juste avant le suicide pour lui prodiguer des conseils : « Je voulais lui dire de jouer seulement quand il en avait envie ».
5. Passions, Activisme et Projets Visionnaires 🛠️
Outre sa carrière musicale, Neil Young s’est distingué par un engagement environnemental fort, l’innovation technologique dans le son, et des passions mécaniques.
5.1 L’engagement social et politique
Neil Young est un activiste reconnu pour ses causes sociales et écologiques :
- Farm Aid : En 1985, il cofonde le concert de charité Farm Aid pour soutenir les agriculteurs américains.
- Controverses politiques : Il s’est ouvertement opposé aux politiques de George W. Bush avec l’album Living with War (2006), un manifeste particulièrement corrosif. Plus tard, The Monsanto Years (2015) est un album engagé contre la firme Monsanto, l’artiste ayant été lui-même espionné par l’entreprise. Colorado (2019) est un manifeste pour l’environnement.
- Activisme amérindien : Il s’est engagé contre les exploitations polluantes de sables bitumeux en Alberta (pipeline KeystoneXL) et pour le respect des traités avec les communautés autochtones. C’est lors de cette tournée qu’il rencontre l’actrice et activiste écologiste Daryl Hannah, qu’il épouse en 2018.
- Citoyenneté : En 2019, il engage les démarches pour obtenir la citoyenneté américaine, acquise en janvier 2020, dans le but explicite de pouvoir voter à l’élection présidentielle de 2020.
5.2 Cinéma et pseudonyme
Young a mis en scène divers films et documentaires en utilisant le nom d’artiste Bernard Shakey. Parmi ses réalisations figure CSNY/Déjà Vu, retraçant la carrière du groupe. Il a également co-dirigé et joué dans le film Human Highway.
5.3 L’innovation technologique sonore : Pono
Neil Young a investi massivement dans sa startup PureTone, rebaptisée Pono en 2011. Son objectif était de créer ce qu’il nommait « l’étalon or pour le son », utilisant une fréquence d’échantillonnage de 192 kHz (visant 384 kHz). Malgré cette ambition, le site de téléchargement de Pono n’a fonctionné que deux ans, de 2015 à 2017.
5.4 La passion pour l’automobile 🚗
Neil Young est un grand passionné d’automobiles anciennes, qu’il restaure et entrepose dans son garage, Feelgood.
- Mortimer Hearseburg : Son premier véhicule de tournée avec The Squires était un corbillard Buick 1948 offert par sa mère, surnommé « Mort ».
- Pièce de collection : Il possède une Buick Skylark 1953, qui est la première sortie de l’usine (numéro de série un).
- Hanks : Une Cadillac décapotable 1949 qui apparaît dans le clip de Harvest Moon.
Le projet Lincvolt : Sa pièce maîtresse expérimentale est une Lincoln Continental 1959 qu’il a modifiée pour en faire un véhicule hybride expérimental (la Lincvolt). Cette voiture est mue par un moteur utilisant des énergies alternatives, avec un générateur alimenté par la biomasse (déchets organiques naturels), dans le but d’être sans émission de CO2. Le véhicule fut gravement endommagé par un incendie en 2010.
6. L’Héritage et les Archives d’une Œuvre 📀
L’œuvre de Neil Young, riche et prolifique, est caractérisée par la rétention de nombreux enregistrements inédits.
6.1 Le Projet d’Archives (NYA)
Depuis des années, Young a l’intention de publier ses Archives, composées de titres inédits ou enregistrés en concert.
Ce projet s’est concrétisé en 2019 avec le lancement du site web Neil Young Archives (NYA). Ce site propose en streaming de haute qualité l’ensemble de son œuvre (1 180 morceaux), incluant un très grand nombre d’inédits, des démos, des enregistrements de concerts, des films et des documents. Le premier coffret physique (Volume 1) est sorti en 2009.
6.2 La Bridge School
Avec son ex-femme Pegi Young, il a cofondé en 1986 la Bridge School, un institut pour enfants infirmes moteurs dans la baie de San Francisco. Pendant 30 ans, pour financer cet institut, ils ont organisé le Bridge School Benefit, un concert caritatif annuel réunissant de très grands artistes. Lors de son divorce d’avec Pegi en 2014, Neil Young a vendu aux enchères du matériel de studio, des guitares et ses trains miniatures au profit de la Bridge School.
