Des sources pour approfondir la réflexion
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Margaret Thatcher (1925–2013) : La Dame de Fer et l’Ère du Thatchérisme
Margaret Thatcher, de son nom de naissance Margaret Roberts, est une figure majeure de l’histoire politique britannique et mondiale, ayant exercé la fonction de Première ministre du Royaume-Uni du 4 mai 1979 au 28 novembre 1990. Connue sous le surnom emblématique de « Dame de fer », elle fut la première femme à diriger le Parti conservateur (en 1975) et à accéder au poste de Premier ministre au Royaume-Uni. Son mandat, marqué par des réformes radicales basées sur le libéralisme économique et le conservatisme, est le plus long mandat ininterrompu de Premier ministre britannique depuis celui de Robert Jenkinson, 2e comte de Liverpool (1812–1827).
Elle est considérée comme la dirigeante politique britannique la plus renommée depuis Winston Churchill. L’ensemble de ses politiques, caractérisé par la privatisation, la réduction de l’influence syndicale et l’atlantisme, est désigné sous le terme de « thatchérisme ». Son passage au gouvernement est souvent qualifié de « révolution » sur les plans politique, idéologique et économique.
🏛️ Les Fondations d’une Carrière Hors Norme
Jeunesse, Famille et Formation Intellectuelle 📚
Margaret Hilda Roberts est née le 13 octobre 1925 à Grantham, en Angleterre. Issue de la classe moyenne, elle est la fille d’Alfred Roberts, un épicier qui connaîtra une ascension sociale grâce au travail et à l’épargne, et de Beatrice Roberts (née Stephenson), une couturière. Son père, membre du Parti conservateur local, devint brièvement maire de Grantham de 1945 à 1946. Sa sœur aînée, Muriel, est née en 1921 dans l’appartement familial au-dessus de la boutique.
Elle reçoit une éducation rigoureuse profondément imprégnée par la foi chrétienne méthodiste. Sa morale religieuse, héritée des sermons de son père, met en avant l’importance de « travailler dur » afin d’élever sa position sociale par le mérite et l’épargne. Elle-même a confié : « Nous étions méthodistes, c’est-à-dire que nous aimions l’ordre, la précision et la rigueur ». Cette éducation précoce l’a également exposée à la gestion de l’épicerie familiale, suscitant chez elle des opinions favorables au marché et au libre-échange dès son jeune âge. Elle découvre la politique grâce à l’engagement de son père.
Qualifiée d’élève brillante et de bourreau de travail, une aptitude qu’elle conservera toute sa vie, elle obtient une bourse pour la Kesteven and Grantham Girls’ School. En 1943, elle est admise, sur concours après repêchage, au Somerville College de l’université d’Oxford, faisant d’elle la première de sa famille à intégrer une université d’« Oxbridge ». Elle finance ses études de chimie grâce à des bourses. Elle se spécialise en cristallographie sous la tutelle de Dorothy C. Hodgkin (prix Nobel de chimie en 1964) et mène des recherches sur un antibiotique (la gramicidine B). Elle est diplômée d’une licence de chimie.
Son engagement politique est précoce : dès son arrivée à Oxford, elle rejoint l’Oxford University Conservative Association (OUCA), dont elle devient présidente en octobre 1946, la troisième femme à occuper ce poste. Son origine sociale était atypique dans un milieu étudiant majoritairement progressiste et issu de classes sociales aisées.
Débuts Professionnels et Entrée en Politique ⚖️
De 1947 à 1951, Margaret Roberts travaille dans la recherche en chimie pour l’industrie des plastiques (chez BX Plastics), puis chez J. Lyons and Co. (en).
Elle est désignée candidate conservatrice pour la circonscription travailliste de Dartford dans le Kent en 1949. Aux élections de 1950, elle échoue à être élue, mais réduit l’avance travailliste de 6 000 voix. À 24 ans, elle est la plus jeune femme candidate du pays. Elle se représente en 1951, améliorant encore son score.
C’est à Dartford qu’elle prononce un discours reflétant déjà les idées centrales de sa future politique :
« Notre politique n’est pas fondée sur la jalousie ou sur la haine, mais sur la liberté individuelle de l’homme ou de la femme. Nous ne voulons pas interdire le succès et la réussite, nous voulons encourager le dynamisme et l’initiative. En 1940, ce n’est pas l’appel à la nationalisation qui a poussé notre pays à combattre le totalitarisme, c’est l’appel de la liberté. »
Elle épouse Denis Thatcher (1915-2003), un homme d’affaires aisé, le 13 décembre 1951, après avoir commencé des études juridiques en 1950. Ce mariage, bien que non passionnel, fut extrêmement solide. Il marque une rupture sociale : elle quitte sa ville natale et se convertit à l’anglicanisme, une décision politiquement opportune car cette religion était alors un prérequis officieux pour les politiciens du Parti conservateur. En 1953, elle donne naissance à des jumeaux, Mark et Carol. L’année suivante, elle devient barrister spécialisée en droit fiscal.
Après avoir tenté d’obtenir l’investiture dans des circonscriptions conservatrices, elle est finalement choisie en 1958 pour Finchley (Nord de Londres). Elle y remporte l’élection le 8 octobre 1959, entrant ainsi pour la première fois à la Chambre des communes. Elle sera réélue sans discontinuer dans cette circonscription jusqu’en 1992, soit pendant 32 ans. Ses débuts sont cependant entravés par le sexisme ambiant, en particulier au sein de son propre parti.
En 1961, elle devient Junior Minister au ministère des Retraites et de l’Assurance sociale. Elle y critique la lourdeur de l’administration et soutient la retraite par capitalisation. Elle occupe ensuite la fonction de porte-parole de son parti à la Chambre des communes de 1964 à 1970. Fait notable, elle fut l’une des rares conservatrices à soutenir la dépénalisation de l’homosexualité masculine et la légalisation de l’avortement, tout en s’opposant à l’abrogation de la peine de mort.
Secrétaire d’État : La « Voleuse de Lait » 🥛
Réélue en 1970, elle est nommée secrétaire d’État à l’Éducation et aux Sciences par Edward Heath.
Son mandat (1970–1974) est marqué par:
- La volonté de protéger les grammar schools (écoles sélectives), bien qu’elle échoue face aux réticences du Premier ministre.
- La défense de l’Open University (système d’enseignement à distance).
- L’instauration de la scolarité obligatoire jusqu’à seize ans.
- Le lancement d’un vaste programme de rénovation des écoles primaires et l’augmentation du nombre de crèches.
La décision la plus controversée de son passage au ministère fut la suppression de la distribution gratuite de lait pour les enfants de sept à onze ans en 1971, une mesure de réduction des dépenses. Cette décision lui valut le quolibet de « Thatcher Thatcher, Milk Snatcher » (Thatcher, la voleuse de lait). Elle tirera de cette expérience une leçon politique cruciale : n’aller à l’affrontement que pour les combats d’importance majeure.
🛡️ L’Ascension vers le Pouvoir (1975-1979)
La Conquête du Parti Conservateur 🐘
Après la défaite des conservateurs en février 1974, Margaret Thatcher devient shadow ministre de l’Environnement. Elle se rapproche alors de Keith Joseph, co-fondateur du Centre for Policy Studies, et partage son analyse sur les causes du déclin conservateur : la perte de contrôle de la politique monétaire et les revirements (U-turns) du gouvernement Heath. Elle estime que le déclin du Royaume-Uni, alors surnommé l’« homme malade de l’Europe », n’est pas inéluctable à condition de s’appuyer sur des conceptions libérales et de cesser de céder face aux syndicats.
Suite à une nouvelle défaite en octobre 1974, Edward Heath remet son poste de chef du parti en jeu. Après le retrait initial de Keith Joseph, Margaret Thatcher se présente et, à la surprise générale, devance Edward Heath au premier tour le 4 février 1975. Au second tour, elle l’emporte avec 146 voix contre 79 pour William Whitelaw. Elle prend la tête du parti le 11 février 1975, devenant ainsi la première femme chef de l’opposition officielle.
Sa mission fut alors de redonner une doctrine politique claire à une formation déboussolée par deux défaites consécutives.
Le Surnom de « Dame de Fer » et l’Anticommunisme 🛡️
À la tête des Tories, Margaret Thatcher adopte une position anticommuniste très ferme. Lors d’un discours en janvier 1976, elle accuse les Soviétiques d’aspirer à la domination mondiale.
C’est en réponse à cette attitude que le journal de l’armée soviétique, L’Étoile rouge, lui décerna le surnom de « Dame de fer de l’Occident » en 1976, dans le but de stigmatiser son anticommunisme. Ce surnom, popularisé par Radio Moscou, lui plut et se répandit mondialement. Il est devenu le symbole de sa fermeté, notamment face aux grévistes de la faim de l’IRA provisoire en 1981 et aux mineurs grévistes en 1984-1985.
Pour bâtir sa stature internationale, elle voyagea dans trente-trois pays et rencontra de nombreux dirigeants mondiaux, dont Gerald Ford, Jimmy Carter, Valéry Giscard d’Estaing, et Golda Meir.
L’Hiver du Mécontentement et la Victoire Électorale 🗳️
Sur le plan intérieur, le Parti conservateur, sous la direction de Thatcher, bénéficia des difficultés du gouvernement travailliste, notamment contraint de demander trois prêts au FMI. Les conservateurs attaquent alors la surrégulation et le bilan du gouvernement sur le chômage.
L’événement qui précipita les choses fut l’Hiver du Mécontentement (1978-1979), durant lequel des grèves massives ont paralysé le pays. Les conséquences furent désastreuses pour l’économie et la population (plus d’un million de personnes au chômage technique, fermetures d’écoles, absence de soins, coupures d’électricité). Margaret Thatcher dénonça le « pouvoir immense des syndicats » et se positionna comme la seule capable de s’y opposer.
Le 28 mars 1979, Margaret Thatcher initie une motion de censure qui renverse le gouvernement Callaghan à une voix près.
Les conservateurs remportent les élections générales du 3 mai 1979 avec 43,9 % des voix et 339 élus. Le lendemain, le 4 mai 1979, Margaret Thatcher devient Première ministre du Royaume-Uni.
🥇 Première Ministre du Royaume-Uni (1979-1990) : La Révolution Conservatrice
Margaret Thatcher arrive au pouvoir dans un contexte de crise économique, sociale, politique et culturelle. Elle s’est décrite elle-même comme « une femme de convictions » et a eu pour objectif d’enrayer le déclin du pays en appliquant un programme fondé sur des principes stricts. Elle se démarque de son prédécesseur Edward Heath en déclarant en 1980 : « la dame ne fait pas demi-tour ! ». Son mandat ininterrompu fut le plus long depuis le XIXe siècle.
Elle lance ses réformes les plus importantes au début de ses mandats, lorsque sa légitimité est incontestable.
Les Principes du Thatchérisme 💡
Le thatchérisme est, avec le reaganisme américain, l’un des principaux avatars de la « révolution conservatrice » occidentale, née de la crise du keynésianisme dans les années 1970. Il ne constitue pas une idéologie totalement cohérente, mais se définit par trois caractéristiques fondamentales :
- Le conservatisme politique.
- Le libéralisme économique.
- Le traditionalisme social.
Ses convictions s’inspirent fortement du libéralisme classique (Adam Smith et la « main invisible ») et de penseurs libéraux comme Friedrich Hayek (La Route de la servitude, La Constitution de la liberté) et Milton Friedman (École monétariste de Chicago). Elle s’inscrit dans les valeurs victoriennes de self-help (auto-assistance), d’effort et de travail.
Le thatchérisme est également profondément antisocialiste. Elle écrivit dans ses Mémoires que l’objectif inavoué du socialisme était d’accroître la dépendance, la pauvreté étant « l’effet délibérément recherché ».
Réformes Économiques et l’État Redéfini 📉
Margaret Thatcher a opéré une réduction significative du rôle de l’État dans l’économie, tout en renforçant son autorité dans les domaines qu’il conservait, au détriment des corps intermédiaires.
Politique Monétaire et Fiscale 💰
Lors de son premier mandat, elle poursuit une politique monétariste pour juguler l’inflation, qui avait atteint 24 % en 1975.
- Taux d’intérêt élevés : Elle augmente les taux d’intérêt (le taux de refinancement bancaire passe de 12 % à 17 %) pour restreindre l’accès au crédit et limiter l’évolution de la masse monétaire. Cette hausse s’avéra insupportable pour l’industrie, augmentant les faillites et le nombre de chômeurs (atteignant trois millions de personnes). Devant l’échec initial du monétarisme, la politique s’infléchit plus tard vers un pilotage par les taux de change, avec un objectif de lutte contre le chômage.
- Contrôle des changes : Le contrôle des changes est aboli en octobre 1979.
- Impôts : Afin de financer les promesses électorales d’augmenter les salaires des fonctionnaires et les dépenses de Défense (engagement auprès de l’OTAN), le gouvernement augmente globalement les impôts. Pour des raisons politiques, les impôts directs sont abaissés (le taux marginal maximal passe de 83 % à 60 % ; le taux de base de 33 % à 30 %). En contrepartie, les impôts indirects (TVA) sont uniformément augmentés à 15 %. En mars 1988, le taux maximal d’imposition sur les plus hauts revenus est encore abaissé de 60 % à 40 %.
Ventes d’Actifs Publics et Capitalisme Populaire 🏭
La politique de privatisations s’intensifie après sa réélection en 1983.
- Vagues de privatisations : Elle lance la privatisation de grandes entreprises publiques, comme British Petroleum et British Aerospace (premier mandat), puis British Telecom (1984), British Gas (1987) et British Airways (1987). British Airways, auparavant déficitaire, devient ainsi une des compagnies aériennes les plus rentables du monde. British Steel, qui perdait un milliard de livres par an avant 1979, devient le plus gros producteur d’acier européen grâce à une restructuration.
- Critiques : L’État fut accusé de « brader les bijoux de famille ». Les critiques notent que ces privatisations ont plus profité à de nouveaux oligopoles qu’aux consommateurs (prix plus bas ou meilleure qualité).
- Capitalisme populaire : Elle promeut le « capitalisme populaire ». Elle encourage la classe moyenne à investir en Bourse (le nombre d’actionnaires passe de 3 millions en 1980 à 11 millions en 1990).
- Logement : Le Right to Buy (Housing Act 1980) permet le rachat des logements sociaux par leurs locataires, menant à la privatisation de plus d’un million de logements sociaux en sept ans.
Ces restructurations industrielles ont été menées avec une grande brutalité, provoquant une chute marquée de la production industrielle (mai 1979 à mars 1981) et une forte augmentation du chômage, qui atteint 11,8 % en 1983, avant de redescendre à 7,2 % en 1989.
Elle s’est également attaquée aux corps intermédiaires, supprimant plusieurs centaines de Quangos (organismes paritaires) et démantelant ou supprimant plusieurs conseils de comté, dont le Greater London Council (dirigé par le travailliste Ken Livingstone) fin 1986.
L’Affrontement avec les Syndicats et la Grève des Mineurs ⛏️
À son arrivée au pouvoir, les syndicats jouissaient d’une influence considérable, capable de paralyser le pays par des grèves massives. Le gouvernement Thatcher vote cinq lois sur les syndicats (en 1980, 1982, 1984, 1987 et 1988) visant à réduire leur pouvoir. Ces lois interdisent les « grèves de solidarité », réglementent davantage les piquets de grève, et visent à mettre fin au closed shop (qui n’autorise que le recrutement de travailleurs syndiqués).
Le conflit le plus emblématique fut la longue grève des mineurs britanniques de 1984-1985. L’enjeu direct était la fermeture des puits de charbon déficitaires, ce que refusait catégoriquement le chef du Syndicat national des mineurs (NUM), Arthur Scargill. Thatcher sortit victorieuse de ce conflit qui dura un an sans entraîner de grève générale.
Politique Étrangère : Fermeté et Alliances Stratégiques 🌍
Sa politique étrangère fut articulée autour de l’anticommunisme, de l’atlantisme et de l’euroscepticisme.
La Guerre des Malouines (1982) 🇦🇷⚔️🇬🇧
Les relations étaient initialement amicales avec la junte militaire argentine. Cependant, le 2 avril 1982, l’Argentine envahit les îles Malouines (Falkland Islands) et la Géorgie du Sud, possessions britanniques dans l’Atlantique Sud.
Margaret Thatcher décida rapidement d’utiliser la force, envoyant une flotte dès le 5 avril. La reconquête prit trois semaines (21 mai – 14 juin). L’inflexibilité de Thatcher dans ce conflit renforça son surnom de « Dame de fer » et, alors que sa popularité était au plus bas, le succès militaire et l’élan patriotique qu’il a généré contribuèrent fortement à sa réélection en 1983 (le Falklands Factor).
Ce conflit renforça aussi les relations avec le dictateur chilien Augusto Pinochet, que Thatcher remercia pour l’aide logistique et l’accueil des blessés fournis à l’armée britannique. Elle le défendit même publiquement en 1999 lors de son assignation à résidence au Royaume-Uni.
Atlantisme, Guerre Froide et Relations avec Reagan 🤝
L’amitié la plus marquante de son mandat fut celle entretenue avec le président américain Ronald Reagan, rencontré en 1975, avec qui elle partageait les principes du libéralisme économique et de l’anticommunisme. Reagan la surnommait « the best man in England » .
- Anticommunisme : Elle adopta une politique résolument opposée à l’URSS et ses satellites. Elle condamna l’invasion de l’Afghanistan en 1979 et augmenta le budget de la défense de plus de 75 % entre 1979 et 1985.
- Détente nucléaire : Elle soutenait la doctrine de la dissuasion nucléaire et convainquit Ronald Reagan de décliner une proposition de Mikhaïl Gorbatchev lors du sommet de Reykjavik en 1986.
- The Economist la crédite d’avoir contribué à la chute du communisme et à la fin de la Guerre froide.
Bien qu’alliée, elle eut quelques désaccords, notamment sur les sanctions unilatérales américaines contre la Pologne et le syndicat Solidarité. Elle joua un rôle clé en incitant George H. W. Bush à adopter une ligne dure face à l’Irak, faisant du Royaume-Uni le premier pays à rejoindre la coalition pour la Guerre du Golfe.
L’Euroscepticisme et la Demande du « Rabais Britannique » 🇪🇺
Margaret Thatcher était fondamentalement eurosceptique. Elle considérait la Communauté économique européenne (CEE) comme un moyen de garantir le libre-échange et la concurrence, et s’opposait fermement à l’idée d’une Europe fédérale.
Elle réclama que le Royaume-Uni reçoive de l’Europe au moins autant qu’il y contribuait, lançant sa célèbre formule : « We are simply asking to have our own money back » (Nous ne faisons que demander à récupérer notre argent). Elle justifia sa position en 1984 en déclarant ne pouvoir jouer les Pères Noël de la Communauté lorsque son propre électorat devait renoncer à des améliorations dans les domaines de la santé et de l’éducation .
Elle obtint gain de cause en 1984 avec le « rabais britannique ».
Dans son fameux discours de Bruges du 20 septembre 1988, elle réaffirma son opposition à une Europe fédérale et à la délégation de pouvoirs à Bruxelles, prônant une Europe des patries et une méthode coopérative.
Questions de Société et d’Ordre Public (Irlande et Immigration) 🇮🇪
La Question Irlandaise
La situation en Irlande du Nord se dégrada au début de son mandat, marquée par les assassinats de son conseiller Airey Neave et de Louis Mountbatten en 1979.
En 1981, lors de la deuxième grève de la faim menée par Bobby Sands et d’autres prisonniers de l’IRA provisoire et de l’INLA pour obtenir le statut de prisonniers politiques, Margaret Thatcher se montra inflexible. Malgré la mort de dix grévistes (dont Sands, élu entre-temps au Parlement) et des pétitions mondiales, elle refusa de céder, déclarant à la Chambre des communes que Bobby Sands « a choisi de se donner la mort ».
Suite à ces événements, l’IRA la condamna à mort. En octobre 1984, elle échappa de peu à l’attentat à la bombe du Grand Hôtel de Brighton, organisé par l’IRA, qui fit cinq morts. Le sang-froid dont elle fit preuve suscita l’admiration de la population.
Elle signa l’Anglo-Irish Agreement (Accords d’Hillsborough Castle) en 1985, reconnaissant la « dimension irlandaise » en échange d’avancées en matière de sécurité, un accord qui fut considéré comme un pas important vers la résolution du conflit.
Immigration et Questions Sociales
Face à une vague d’immigration croissante (des Caraïbes, du Pakistan, d’Inde) après les chocs pétroliers des années 1970, le Parlement adopte en 1981 le British Nationality Act 1981. Cette loi visait à redéfinir les statuts de citoyenneté et à réduire l’accès au droit du sol, ainsi qu’à interdire l’obtention de la citoyenneté par simple mariage à un non-Britannique.
Bien que relativement libérale sur certains aspects de l’égalité des sexes (critiquant les inégalités salariales et soutenant la légalisation de l’avortement), elle était plus classiquement conservatrice sur d’autres enjeux sociétaux. En 1988, elle fit adopter la section 28, un amendement interdisant la promotion de l’homosexualité au niveau local dans les écoles.
Éducation
Elle mit en place le National Curriculum pour unifier le niveau de connaissance des élèves jusqu’à 16 ans, quel que soit leur comté. De plus, le Local Management of Schools Act (1988) accorda aux conseils d’administration des établissements d’enseignement une liberté totale dans la gestion de leurs ressources financières. Le salaire des enseignants pouvait ainsi être modulé au mérite, une mesure plébiscitée par les parents d’élèves.
📉 Chute et Fin de Carrière
Les Facteurs du Départ (Poll Tax et Europe) 🚪
Margaret Thatcher remporta trois élections générales consécutives (1979, 1983, 1987). Néanmoins, son autoritarisme commença à provoquer des dissensions au sein de son parti.
Sa chute, en 1990, fut provoquée par une fronde interne, attisée par trois facteurs principaux :
- La Poll Tax : L’instauration d’un nouvel impôt local, la poll tax (remplaçant la taxe d’habitation), fut extrêmement impopulaire et entraîna des émeutes.
- L’Europe : Son euroscepticisme et sa réserve face à l’intégration européenne divisaient fortement le Parti conservateur, d’autant plus qu’elle avait accepté, après dix ans de débats, l’adhésion du Royaume-Uni au mécanisme de taux de change européen en octobre 1990.
- Politique monétaire : Les taux d’intérêt de la Banque d’Angleterre avaient atteint 15 % en 1989 .
Le 31 octobre 1990, son vice-Premier ministre et allié de longue date, l’europhile Geoffrey Howe, démissionne pour protester contre sa politique européenne. Michael Heseltine, ancien ministre de la Défense, se porte alors candidat pour la direction du Parti conservateur.
Lors du premier tour, le 19 novembre 1990, Margaret Thatcher obtient 204 voix, devançant Heseltine (152 voix). Cependant, il lui manqua quatre voix pour atteindre la majorité de 15 % requise par les statuts du Parti, la forçant à un second tour.
Consultant ses ministres à son retour du Sommet de Paris, la plupart lui conseillent de démissionner, estimant qu’elle risquait un résultat encore plus défavorable au second tour.
Elle annonce son retrait et sa démission le 21 novembre 1990. Elle apporte son soutien à John Major, qui remporte la primaire et lui succède au poste de Premier ministre le 28 novembre 1990. Elle détient à ce jour le record de longévité à ce poste depuis Lord Salisbury.
Retrait de la Vie Publique et Dernières Années 🕊️
Après sa démission, Margaret Thatcher se consacre à sa fondation et donne des conférences à travers le monde, tout en restant députée jusqu’en 1992.
Elle est nommée pair à vie en 1992 comme baronne « Thatcher of Kesteven » et siège à la Chambre des lords . En 1995, la reine Élisabeth II lui décerne l’Ordre de la Jarretière, la plus haute distinction britannique.
Après plusieurs petites attaques cérébrales et sur avis médical, elle se retire de la vie publique en 2002. La mort de son époux, Denis, en 2003, l’affecte considérablement.
Elle continue à faire quelques apparitions, notamment pour les funérailles de Ronald Reagan en 2004. En 2007, elle assiste à l’installation de sa statue à la Chambre des communes, devenant le premier chef de gouvernement britannique à avoir sa statue de son vivant. Elle plaisanta à cette occasion : « J’aurais préféré une statue en fer, mais le bronze me convient. Au moins, elle ne rouillera pas. Et, cette fois, j’espère que la tête restera en place » (faisant référence à une précédente statue décapitée en 2002 par un artiste protestataire) .
Sa fille Carol révèle en 2008 que sa mère souffre de troubles importants de la mémoire et de troubles cognitifs secondaires à une démence vasculaire.
Mort et Funérailles
Margaret Thatcher meurt le 8 avril 2013 à l’âge de 87 ans à l’hôtel Ritz de Londres, des suites d’un accident vasculaire cérébral.
Elle bénéficie d’obsèques cérémonielles (avec honneurs militaires), à la cathédrale Saint-Paul de Londres le 17 avril. C’est un fait exceptionnel, car la reine Élisabeth II (et son époux) y assiste, alors qu’elle ne le fait d’ordinaire que pour les membres de sa famille ou les chefs d’État, à l’exception notable de Winston Churchill en 1965. Elle n’a pas eu droit à des obsèques nationales, réservées aux souverains et aux personnalités politiques les plus importantes.
Ses cendres sont enterrées le 28 septembre 2013 dans les jardins de l’hôpital royal de Chelsea, aux côtés de celles de son mari Denis.
⚖️ Héritage et Bilan d’une Figure Polémique
Margaret Thatcher est l’une des personnalités politiques britanniques à la fois les plus admirées et les plus détestées. Elle est l’une des rares figures politiques britanniques à avoir donné son nom à une politique : le thatchérisme.
Le Thatchérisme : Une Influence Durable et Contestée 💡
Le thatchérisme est né du contexte économique et social difficile des années 1970, où le Royaume-Uni était affligé par le déclin industriel, une forte inflation et la paralysie due au pouvoir syndical. Cette période coïncida heureusement avec la mise en production des gisements de pétrole et de gaz de la mer du Nord, qui fournit une rente budgétaire et limita l’impact de la désindustrialisation.
Bilan Économique et Social
À son départ, Margaret Thatcher laisse une situation économique jugée « assainie » par Le Monde ou « en voie de renaissance ».
Aspects Positifs selon les sources :
- Croissance économique importante.
- Maîtrise de l’inflation (malgré un début de mandat difficile).
- Réduction du déficit public.
- Restauration de la compétitivité internationale et bases pour la croissance future.
- Développement de la propriété privée : La proportion de propriétaires-occupants passa de 55 % à 67 % entre 1979 et 1989.
- Développement de l’actionnariat (trois fois plus de foyers actionnaires en 1987 qu’en 1979).
- Londres comme plate-forme financière mondiale grâce à la déréglementation massive.
Aspects Critiqués ou Controverse Sociale :
- Chômage de masse : Le taux de chômage culmina à 11,8 % en 1983. L’emploi s’est durablement installé dans les anciens districts industriels.
- Inégalités : La politique thatchériste s’accompagne d’un accroissement significatif des inégalités économiques et sociales. Le taux de pauvreté (gagnant moins de 60 % du revenu médian) est passé de 13,4 % à 22,2 % durant ses mandats.
- Dégradation des services publics (santé publique non réformée mais sous-financée, infrastructures dégradées, baisse de qualité de l’éducation).
- Impôts indirects : L’augmentation des impôts indirects (TVA) fut critiquée pour avoir mis la fonction redistributrice de l’impôt à l’écart.
Le coût social et le « style abrasif » de Margaret Thatcher ont été vivement critiqués. Pour Catherine Mathieu, le creusement des inégalités, en particulier entre Londres et le Sud-Est du pays, lié à la libéralisation de l’économie britannique, est un facteur expliquant pourquoi des régions traditionnellement travaillistes ont voté pour le Brexit en 2016.
En 2013, à la suite de son décès, un sondage montrait que 50 % des personnes interrogées la considéraient comme une bonne Première ministre, contre 34 % d’un avis contraire. Ses actions jugées les plus positives étaient son opposition aux syndicats et l’accession des Britanniques à la propriété.
Reconnaissance Nationale et Internationale 🏆
Son influence idéologique a traversé les partis : le Premier ministre travailliste Tony Blair (le blairisme) a prolongé la trame libérale du thatchérisme. Peter Mandelson, député travailliste, a même écrit en 2002 : « Nous sommes tous des thatchériens ».
Elle conserve une aura importante et est considérée comme la plus grande Première ministre britannique de l’après-guerre par les Britanniques. Un sondage de 2011 la plaçait en tête des Premiers ministres les plus compétents des trente dernières années.
Réactions à son décès (2013) :
L’annonce de sa mort suscita des réactions contrastées et fortement polarisées :
- Saluée par les conservateurs : David Cameron rendit hommage à celle qui avait « sauvé son pays » et la qualifia de « meilleur Premier ministre du pays en temps de paix ».
- Célébrée par ses opposants : Des fêtes pour « célébrer » son décès eurent lieu au Royaume-Uni et en Argentine. Le chef syndical Arthur Scargill écrivit à un ami : « Scargill alive » (Scargill en vie).
- The Daily Mirror déclara que « jamais figure politique n’a provoqué autant de divisions dans notre histoire ».
Reconnaissance internationale : Elle a reçu de nombreuses distinctions:
- La médaille présidentielle de la Liberté américaine.
- Le Ronald Reagan Freedom Award.
- L’Ordre de la Jarretière et l’Ordre du Mérite britanniques.
De nombreux dirigeants mondiaux ont salué son héritage. Barack Obama loua l’« un des grands avocats de la liberté » et un exemple pour les femmes brisant le « plafond de verre ». Mikhaïl Gorbatchev, son ancien interlocuteur soviétique, salua une « personne brillante ». La Chine lui a également rendu hommage pour sa contribution à la solution pacifique négociée pour Hong Kong.
Son héritage continue de diviser les Britanniques, illustrant que le « thatchérisme est aussi pertinent aujourd’hui qu’il ne l’était dans les années 1980 ».
