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Le vol audacieux de la Joconde en 1911 n’est pas seulement un chapitre fascinant de l’histoire de l’art, mais aussi l’événement qui a catapulté le portrait de Léonard de Vinci au rang d’icône mondiale. Avant cet incident, la Joconde était loin d’être la célébrité qu’elle est aujourd’hui, connue principalement des connaisseurs et des artistes. Sa disparition énigmatique a captivé l’attention du public, transformant son absence même en une attraction. Cet article explore les détails de ce vol spectaculaire, l’enquête chaotique qui s’ensuivit, le retour inattendu du chef-d’œuvre et l’impact durable de cet événement sur la renommée universelle de la Mona Lisa.
🕵️ Le Braquage du Siècle : Un Lundi Ordinaire au Louvre
Le contexte de la Joconde avant le vol Au début du XXe siècle, la Joconde (également appelée Portrait de Mona Lisa) n’avait pas encore acquis le statut de « star » du Musée du Louvre. Cette œuvre du XVIe siècle, représentant Lisa Gherardini (Monna Gherardini), n’intéressait alors qu’un cercle restreint de connaisseurs, de galeristes, de critiques d’art et d’artistes. Peinte en Italie, probablement entre 1503 et 1506, elle était arrivée en France en 1516 avec Léonard de Vinci, invité par le roi François Ier. Ayant rejoint la collection royale, elle avait voyagé entre des résidences royales comme Fontainebleau, le Louvre, les Tuileries et le château de Versailles, avant d’être présentée pour la première fois au public au Louvre en 1798, lorsque celui-ci devint un musée national. Malgré cette histoire royale, la renommée mondiale que nous lui connaissons aujourd’hui restait à construire, et elle le serait par un événement inattendu.
Vincenzo Peruggia : Un patriote ou un opportuniste ? Le protagoniste de cette histoire est Vincenzo Peruggia, un vitrier italien de 29 ans. Employé de la maison Gobier, une entreprise de verrerie, Peruggia avait récemment travaillé au Louvre pour installer des verres protecteurs sur 1 600 pièces importantes, y compris les toiles du Salon Carré, où se trouvait la Joconde. Sa motivation principale, selon les sources, était un désir ardent de voir l’œuvre d’art revenir dans son pays d’origine, l’Italie. Pour ce patriote, comme il était décrit, la mission d’installer des protections sur des chefs-d’œuvre italiens accrochés dans un musée français était « douloureuse ». Cependant, les témoignages ultérieurs et sa tentative de vente suggèrent que des motivations financières purent également jouer un rôle, ou du moins n’étaient pas totalement absentes.
Le déroulement minutieux du vol (21 août 1911) Le lundi 21 août 1911, jour de fermeture habituelle du musée au public, mais ouvert pour les ouvriers, Vincenzo Peruggia quitte sa petite chambre de la rue de l’Hôpital Saint-Louis à 6 heures du matin. Vêtu de sa blouse de travail, il marche pendant une trentaine de minutes jusqu’à la rue de Rivoli, longeant le musée du Louvre. En arrivant, il échange quelques mots avec ses collègues, puis pénètre dans le musée, traversant la grande galerie pour atteindre le Salon Carré, situé au premier étage.
À sept heures du matin, Peruggia se retrouve seul dans le Salon Carré. Il avait choisi la Joconde non pas en raison de sa notoriété à l’époque, qui était modeste, mais en raison de sa petite taille – 77 cm de hauteur et 53 cm de large – ce qui la rendait « facile à manipuler » et à emporter. Il décroche le Portrait de Mona Lisa de sa boîte-vitrine, fixée au mur. Sans perdre un instant, il se faufile dans une cage d’escalier, un endroit discret à l’abri des regards. C’est là qu’il entreprend de dépouiller l’œuvre de ses protections : il retire d’abord la vitre, puis le cadre lourd. Il ne conserve que le panneau de bois sur lequel Léonard de Vinci a peint Mona Lisa, qu’il glisse ensuite habilement sous sa blouse de travail. En toute tranquillité, Vincenzo quitte le musée, le précieux tableau serré contre son buste, sans être inquiété. Une fois chez lui, dans sa chambre à Paris (soit cité Héron, soit rue de l’Hôpital-Saint-Louis), il cache l’œuvre dans un double fond d’une valise de bois blanc, sous son lit ou dans un débarras.
🚨 Une Enquête Hors Normes : Entre Fausse Pistes et Mystère Persistant
La découverte du vol et les premières réactions Le vol n’est pas immédiatement remarqué. Ce n’est que le lendemain matin, le mardi 22 août 1911, que l’absence du tableau est constatée. Un gardien, effectuant sa ronde un peu plus tôt dans la matinée du 21, avait bien remarqué l’emplacement vide, mais avait supposé que l’œuvre avait été déplacée par les conservateurs pour une restauration ou une photographie, et n’avait pas jugé nécessaire d’alerter la direction.
C’est Louis Béroud, un peintre copiste accrédité par le Louvre, qui se rend ce matin-là au Salon Carré pour réaliser un croquis de la Mona Lisa. Il est très déçu de trouver le mur vide. En se renseignant, les gardiens lui répondent d’abord que le tableau est probablement à l’atelier photographique. Les heures passent, et lorsque Béroud les sollicite à nouveau, les surveillants sont gênés : le tableau n’est pas chez les photographes. La réalité devient alors incontournable : la Joconde a disparu.
L’ouverture de l’enquête policière À 11 heures, la Préfecture de Police est prévenue. Une soixantaine d’agents, envoyés par le préfet Louis Lépine, débarquent au Louvre. Le musée est immédiatement fermé pour une semaine afin d’être « passé au peigne fin ». Le cadre et la vitre protectrice de la Joconde sont retrouvés abandonnés dans un petit escalier menant à la cour Visconti.
Alphonse Bertillon et la fausse assurance Le criminologue Alphonse Bertillon, pionnier de l’identification judiciaire, relève une empreinte de pouce sur la vitre. Cet indice est jugé capital, et le préfet Lépine est jubilant, persuadé que l’affaire sera résolue dans les 24 heures. La police prélève les empreintes de 257 personnes travaillant au Louvre. Cependant, la technique d’identification est encore « balbutiante » à cette époque, et l’empreinte relevée sur la vitre s’avère « insuffisamment précise ». C’est une chance inouïe pour Vincenzo Peruggia, qui échappe ainsi aux mailles du filet. Le directeur du Louvre démissionne, et l’affaire, médiatisée par la presse, commence à prendre une ampleur considérable, contribuant à la notoriété naissante du tableau. Des promesses de récompenses sont lancées : la Société des Amis du Louvre offre 25 000 francs, et la revue L’Illustration 50 000 francs à quiconque retrouvera la Joconde.
Peruggia échappe à la vigilance Pendant ce temps, Peruggia dissimule la peinture pendant deux ans dans sa chambre parisienne, dans le double fond de sa valise sous son lit. Le 29 septembre 1911, l’inspecteur Brunet se présente à son appartement. L’inspecteur est venu interroger à nouveau les ouvriers présents le jour du vol, sans grande conviction, se disant « On ne sait jamais ». L’Italien ne panique pas face à l’inspecteur, s’efforçant de paraître le plus naturel possible. Il sait que le tableau que la Préfecture de Police recherche depuis plus d’un mois est là, sous son lit. Mais l’inspecteur Brunet ne fouille pas la chambre, « n’imaginant pas que le vol puisse être l’œuvre d’un modeste ouvrier ». Le policier repart, satisfait d’avoir rapidement interrogé ce « suspect de pacotille ». La Joconde restera introuvable pendant deux années, alors qu’elle n’est qu’à trois petits kilomètres du Louvre. Le musée semble même avoir fait son deuil, accrochant un portrait de Balthazar Castiglione, une toile de Raphaël, à son emplacement vide.
Les fausses pistes : Apollinaire, Picasso et les statuettes manquantes L’enquête piétine, conduisant à de nombreuses impasses. De nombreux mythomanes revendiquent le vol, dont l’écrivain italien Gabriele d’Annunzio. Un temps précieux est également perdu sur de fausses pistes, notamment celle menant au célèbre poète Guillaume Apollinaire et à l’artiste Pablo Picasso.
Cette piste prend forme lorsque le musée, après le vol de la Joconde, procède à l’inventaire de ses collections et découvre avec stupéfaction qu’il lui manque près de 300 pièces. Parmi celles-ci se trouvent des statuettes qu’un escroc nommé Gabriel Pierret avait vendues à son ami Apollinaire en 1907. Bien que Pierret ne soit plus en France, Apollinaire est arrêté et emprisonné le 7 septembre 1911. N’ayant plus les statuettes, il les avait revendues à un autre artiste, Pablo Picasso, qui est à son tour interrogé. Après une rapide enquête, Apollinaire et Picasso sont relâchés. Le mystère de la Joconde demeure entier.
🇮🇹 Le Retour au Bercail (Prétendu) : Deux Années de Cachette et une Révélation
Le départ pour Florence et la tentative de vente Après avoir gardé l’œuvre dissimulée pendant deux ans dans sa chambre parisienne, Vincenzo Peruggia quitte la France pour Florence en 1913, emportant le tableau avec lui, toujours bien caché dans le double fond de sa valise. La Mona Lisa fait ainsi son retour, dissimulé, en Italie.
Peruggia, devenu « impatient » après deux ans, prend contact le 10 décembre 1913 avec Alfredo Geri, le propriétaire d’une galerie d’art à Florence. Sous le faux nom de « Leonardo », il lui révèle être en possession du célèbre tableau et se dit prêt à le lui vendre. Bien que les témoignages de Geri et Peruggia soient contradictoires sur certains points, il est clair que Peruggia s’attendait à une récompense pour avoir ramené la peinture à sa « patrie ». Les motivations patriotiques de Vincenzo, si elles étaient réelles, n’expliquent donc pas tout, et l’appât du gain semble avoir joué un rôle significatif.
L’authentification et l’arrestation Avant de conclure toute transaction, Alfredo Geri souhaite faire authentifier le tableau. Discrètement, il fait appel à Giovanni Poggi, le directeur de la galerie des Offices, le grand musée de Florence. Le verdict tombe : il s’agit bien de la Joconde.
Conscient que le tableau a été volé à Paris et ne voulant pas d’ennuis, Alfredo Geri dénonce Peruggia. Ce dernier est arrêté « sur le champ » à son hôtel. C’est la fin de l’aventure pour le voleur.
🏆 La Joconde, Star Mondiale : L’Héritage d’un Vol
Le destin de Peruggia et la « tournée d’adieu » de la Joconde Peruggia est condamné à une peine de prison étonnamment légère : un an, réduite à sept mois. Ses explications nationalistes et son discours patriotique lui valent « beaucoup d’indulgence en Italie ».
Quant à la Joconde, avant d’être restituée à la France, elle a droit à une véritable « grande tournée d’adieu » à travers l’Italie. Elle est exposée au public à Florence, Rome et Milan. Le 19 décembre 1913, le tableau est restitué à l’ambassadeur français à Rome. Finalement, la Joconde retourne en « grande pompe » au Louvre, soit début 1914, soit le 31 décembre 1913, selon d’autres sources, où elle est accueillie en majesté.
La transformation de la renommée de la Joconde Le vol de la Joconde a eu un impact colossal et durable sur sa célébrité. De tableau connu des seuls initiés, elle est devenue le tableau « le plus célèbre du monde ». La « brusque disparition » et « l’interminable enquête » qui s’est étalée sur des années ont « passionné le grand public », contribuant à faire de ce tableau l’œuvre la plus renommée.
Pendant son absence du musée, l’emplacement vide de la Joconde a attiré plus de visiteurs que les années précédentes lorsqu’elle était présente. Certains visiteurs n’hésitaient même pas à y déposer des fleurs. Ce phénomène illustre comment l’absence et le mystère ont amplifié son attrait, la transformant en une icône culturelle avant même son retour.
Sécurité et déplacement de l’œuvre après le vol Après son retour, la Joconde est devenue si célèbre que des « mesures de sécurité » drastiques sont mises en place pour éviter tout nouveau vol. Durant la Première Guerre mondiale, comme une grande partie des collections du musée, elle est transférée dans un lieu secret à Bordeaux, puis à Toulouse, avant de réintégrer le musée parisien en 1918. Elle se voit alors attribuer une « place de choix dans la Grande Galerie ».
En 2005, le tableau change de nouveau de place, s’installant dans la Salle des États sur une cimaise indépendante. Ce « traitement particulier » vise à fluidifier le flux de visiteurs, dont beaucoup viennent au Louvre avec la « seule idée en tête » de voir la Joconde. Au XXIe siècle, avec 20 000 visiteurs quotidiens, elle est « l’objet d’art le plus visité au monde ».
🌟 Pourquoi Ce Vol a-t-il Rendu la Joconde si Célèbre ? Une Analyse de l’Impact Culturel
Le vol de la Joconde est un exemple frappant de la manière dont un événement inattendu et dramatique peut redéfinir la perception publique et la valeur culturelle d’une œuvre d’art. Bien sûr, le sourire « énigmatique » de Mona Lisa contribue à sa renommée, mais c’est aussi et surtout sa « mystérieuse disparition un beau jour de l’été 1911 » qui en est en grande partie responsable.
Plusieurs facteurs expliquent cet impact démultiplicateur :
- La médiatisation de l’affaire : L’ampleur de l’enquête, les fausses pistes impliquant des personnalités comme Apollinaire et Picasso, et la saga de la disparition ont été abondamment couvertes par la presse internationale. Cette exposition constante a mis la Joconde sous les projecteurs, la transformant d’une œuvre d’art pour les élites en un sujet de conversation publique, accessible à tous.
- Le mystère et l’absence : L’idée qu’un chef-d’œuvre puisse disparaître, et rester introuvable pendant deux ans sous le nez des enquêteurs, a créé une aura de mystère et de légende autour du tableau. L’emplacement vide qu’elle a laissé au Louvre est devenu un spectacle en soi, attirant les foules plus que l’œuvre elle-même auparavant. L’absence a généré un désir et une fascination intenses.
- L’identification nationale : Le mobile de Peruggia – ramener l’œuvre à sa « patrie » – a ajouté une dimension de conflit nationaliste à l’affaire. En Italie, Peruggia a été traité avec une certaine indulgence, et la Joconde a été célébrée comme une héroïne revenue au pays avant d’être rendue. Cela a ancré le tableau dans des récits d’identité et d’appartenance nationale, amplifiant son symbolisme.
- La notion de « trésor national » : Le vol a forcé la France et le monde à prendre conscience de la valeur inestimable de la Joconde. Avant cela, elle était une pièce parmi d’autres ; après, elle est devenue un « trésor national », dont la protection exigeait des mesures de sécurité sans précédent.
En somme, le vol de la Joconde n’était pas seulement un crime audacieux, mais un catalyseur culturel. Il a transformé un portrait de la Renaissance en une légende moderne, une icône universelle dont le sourire énigmatique est désormais inextricablement lié à l’histoire de sa mystérieuse disparition.
Le vol de la Joconde par Vincenzo Peruggia en août 1911 restera à jamais gravé dans l’histoire comme l’événement charnière qui a propulsé le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci sur la scène mondiale. De sa disparition audacieuse et ses deux années d’absence à son retour triomphal et sa consécration comme l’œuvre d’art la plus visitée du monde, chaque étape de cette saga a contribué à forger la légende de la Mona Lisa. Bien au-delà d’un simple fait divers, ce vol est une démonstration puissante de la manière dont le mystère, la médiatisation et les passions humaines peuvent transformer un objet d’art en un phénomène culturel planétaire et intemporel.
