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💥 La Crise des Missiles de Cuba : Le Moment où le Monde a Frôlé l’Apocalypse Nucléaire (Octobre 1962) 🌎
Introduction : Un Affrontement Historique au Cœur de la Guerre Froide
La crise des missiles de Cuba représente un affrontement diplomatique et militaire d’une intensité sans précédent entre les deux superpuissances de l’époque, les États-Unis (É.-U.) et l’Union soviétique (URSS), qui se déroula du 14 au 27 octobre 1962. Cet événement, également appelé simplement crise de Cuba, a marqué le moment paroxystique de la guerre froide. Le bras de fer fut déclenché par l’installation de missiles nucléaires soviétiques sur l’île de Cuba, positionnés de manière à pouvoir atteindre rapidement le territoire américain.
Durant ces treize jours tendus, le monde entier s’est retrouvé au bord d’un conflit militaire direct, un scénario que les deux pays avaient réussi à éviter depuis le début de la guerre froide. La résolution de cette crise impliqua finalement le retrait des missiles de l’URSS de Cuba, en échange du retrait discret de certains missiles nucléaires américains basés en Turquie et en Italie, ainsi que l’engagement des États-Unis à ne plus envahir Cuba sans provocation directe. Cet accord crucial a permis d’éviter un affrontement nucléaire potentiel et, par extension, une Troisième Guerre mondiale.
La résolution de cette crise a eu des conséquences durables, ouvrant la voie à une nouvelle période des relations internationales connue sous le nom de la Détente.
🧭 Contexte Historique : Les Racines de la Crise
La crise de Cuba ne peut être comprise sans revenir aux tensions accumulées au début des années 1960 et à la situation politique de l’île.
L’Influence Américaine et la Révolution Cubaine 🇨🇺
Pendant les années 1950, les États-Unis exerçaient une influence significative sur la politique de la république de Cuba, elle-même devenue indépendante de l’Espagne en 1898. Cette situation changea radicalement le 31 décembre 1958, lorsque le dictateur Fulgencio Batista s’enfuit aux États-Unis.
Fidel Castro, épaulé par Ernesto Guevara, prit alors le pouvoir à la tête d’une guérilla bénéficiant du soutien de la majorité des Cubains. Bien que le gouvernement des États-Unis ait initialement reconnu Castro en janvier 1959, les relations se détériorèrent rapidement après la réforme agraire entreprise le 17 mai 1959.
Les représailles américaines commencèrent cinq mois après cette réforme, notamment sous la pression de la United Fruit Company, une des entreprises nationalisées sur l’île. Des actions hostiles incluaient le mitraillage de La Havane par un bimoteur contre-révolutionnaire le 21 octobre, causant des victimes, et le largage de propagande. En juin et juillet 1960, suite au refus par des entreprises américaines de raffiner du pétrole soviétique (l’URSS ayant établi des relations diplomatiques et commerciales avec Cuba en février 1960), Castro nationalisa les ressources détenues par les sociétés américaines à Cuba.
La Baie des Cochons et les Tensions Croissantes
L’escalade se poursuivit avec l’échec cuisant du débarquement de la baie des Cochons le 17 avril 1961. Une force de 1 400 exilés cubains, entraînés par la CIA au Guatemala et financés par l’administration Eisenhower (après un accord daté du 17 mars 1960), tenta de renverser Castro. Malgré le bombardement de différentes villes, les forces castristes mirent fin à cette invasion. Les combattants capturés furent qualifiés de gusanos (« vermines ») par Castro et échangés plus tard contre une rançon en dollars et en médicaments.
John Fitzgerald Kennedy, qui avait succédé à Dwight Eisenhower le 20 janvier 1961, assuma la pleine responsabilité de cette action, bien que préparée par son prédécesseur.
Malgré le soutien à cette opération militaire, Kennedy continuait de prôner le règlement pacifique des différends internationaux. Il rencontra Khrouchtchev lors du sommet de Vienne (3 au 4 juin 1961) pour tenter d’apaiser les tensions. Cependant, cette entrevue échoua, Khrouchtchev se montrant virulent, menaçant même d’attaquer Berlin et de déclencher une « apocalypse nucléaire » si les Américains tentaient une nouvelle invasion de Cuba. Kennedy, faisant face à cet opposant agressif, décida de mettre de côté ses idéaux pacifistes pour démontrer la puissance américaine.
L’Installation des Missiles Américains en Europe
En novembre 1961, les États-Unis intensifièrent leur propre déploiement stratégique : 15 missiles Jupiter furent déployés en Turquie et 30 autres en Italie. Ces missiles étaient capables d’atteindre le territoire soviétique. La Crise des détroits turcs antérieure avait déjà envenimé les relations, menant à la Doctrine Truman et, finalement, à l’installation de ces missiles.
Parallèlement, les États-Unis accentuèrent la pression économique en imposant un embargo contre Cuba dès le 7 février 1962. Des plans secrets pour renverser Castro, nommés « Opération Ortsac » (Castro lu à l’envers), étaient également en préparation pour l’automne 1962.
Khrouchtchev, dans son autobiographie, expliqua sa perception de l’attitude américaine : il craignait que si Cuba tombait, les autres pays latino-américains rejetteraient l’URSS, la jugeant incapable de protéger ses alliés.
🚨 L’Escalade et la Découverte
Opérations Soviétiques Anadyr et Kama 🚀
Face aux menaces d’invasion américaine et à l’encerclement de l’URSS par des missiles de l’OTAN, Khrouchtchev lança en mai 1962 l’opération Anadyr. Cette opération visait à dissuader les États-Unis d’envahir Cuba en y déployant une force militaire significative : 50 000 soldats, trente-six missiles nucléaires SS-4 et deux SS-5, ainsi que quatre sous-marins.
La National Security Agency (NSA) américaine surveillait déjà le trafic maritime russe vers Cuba. Des documents révélaient des mouvements croissants de matières premières depuis la mer Noire et la mer Baltique, officiellement destinées à Conakry mais se dirigeant en réalité vers Cuba.
L’île de Cuba, alliée de l’URSS, se trouvait à moins de 200 km de la Floride. La présence de missiles à cette distance était extrêmement menaçante, car ils ne pouvaient pas être détectés suffisamment à l’avance pour permettre la riposte immédiate requise par la doctrine de dissuasion américaine. L’Opération Ortsac fut d’ailleurs transformée en dispositif de blocus après la découverte des missiles.
Le 2 octobre 1962, l’opération Kama débuta : quatre sous-marins d’attaque diesel-électrique soviétiques de classe Foxtrot appareillèrent de la péninsule de Kola. Ils transportaient des torpilles nucléaires T-5 (un fait révélé seulement en 2001). Les commandants (Choumkov, Ketov, Savisky et Doubivko) avaient pour mission de rejoindre le convoi de cargos transportant les missiles pour protéger celui-ci, quitte à torpiller les navires qui tenteraient de s’interposer.
La Révélation du 14 Octobre 📸
Le 13 octobre, de mauvaises conditions météo rendirent impossibles les prises de vue par les avions de reconnaissance U-2, comme l’avait signalé John McCone, directeur de la CIA.
Cependant, le jour décisif fut le 14 octobre 1962. Un avion espion U-2, piloté par le commandant Richard S. Heyser, parvint à photographier les sites d’installation des missiles. La lecture des films le lendemain confirma que l’Union soviétique était en train d’installer des missiles SS-4 à tête nucléaire à Cuba. Les Américains identifièrent des rampes de lancement, des missiles, des bombardiers, des fusées et des conseillers soviétiques. On repéra également 26 navires soviétiques transportant des ogives nucléaires (estimées opérationnelles en 10 jours) en route vers l’île.
La Réaction Américaine et l’Option du Blocus
Le 16 octobre, le président Kennedy convoqua le Conseil de sécurité national. Bien que le Conseil ait initialement favorisé une action militaire directe, Robert McNamara proposa l’idée d’un blocus maritime ciblant uniquement l’approvisionnement en armes offensives. McNamara recommanda également à Kennedy de ne pas porter l’affaire devant l’Organisation des Nations unies immédiatement, craignant qu’une approche politique n’élimine toute chance d’action militaire ultérieure.
Le 18 octobre se déroula une première réunion entre Kennedy et Andreï Gromyko, ministre des Affaires étrangères de l’Union Soviétique. Les Soviétiques ignoraient alors le degré d’information des Américains concernant la présence de leurs missiles nucléaires. Khrouchtchev avait préféré l’installation de missiles à un traité, estimant qu’en cas de découverte avant qu’ils ne soient opérationnels, l’URSS n’aurait pas l’obligation d’entrer en guerre. Si l’installation réussissait, cela pourrait ouvrir la voie à de nouveaux rapports avec l’Occident.
⚓ Le Bras de Fer Diplomatique et Militaire
La Quarantaine et la Menace Nucléaire
Le 22 octobre, lors d’une allocution télévisée, Kennedy révéla au pays la présence des missiles. Il exigea de Khrouchtchev l’arrêt des opérations, menaça l’URSS de représailles si les missiles n’étaient pas retirés, et annonça la mise en place d’un blocus naval. Le lendemain, il signa l’ordre d’exécution de ce blocus, le qualifiant officiellement de « quarantaine », un terme jugé moins menaçant.
L’instauration du blocus fut perçue comme un acte extrêmement grave. Le secrétaire général de l’ONU, U Thant, déclara plus tard que cela signifiait techniquement le début de la guerre contre Cuba et l’Union soviétique. À l’époque, les officiers de l’US Navy étaient persuadés qu’ils se préparaient à lancer une attaque nucléaire contre Cuba. Le Strategic Air Command américain fut placé en Defcon 2, et les forces conventionnelles des trois parties furent mises en état d’alerte.
Le Face-à-Face en Mer 🚢
Le 24 octobre, le blocus était en place à 10h00. Trente cargos soviétiques étaient en route, dont quatre transportaient des missiles nucléaires. Deux d’entre eux, le Khemov et le Gagarine, arrivèrent sur la ligne de blocus. À 10h25, les cargos s’arrêtèrent. Khrouchtchev décida qu’il était inutile de rompre le blocus puisque les missiles déjà en place à Cuba étaient suffisants. Le 25 octobre, douze cargos rebroussèrent chemin.
Le 26 octobre, Khrouchtchev fit savoir à Kennedy, via un homme d’affaires américain, qu’il continuerait son action si les États-Unis souhaitaient la guerre.
Simultanément, la chasse aux quatre sous-marins soviétiques se poursuivait. La situation des sous-marins était critique. Le 27 octobre, le sous-marin Shoumkov fit face à une situation extrême. Après avoir été détecté, des grenades d’exercice furent lancées par son poursuivant pour lui intimer l’ordre de faire surface. Le Shoumkov plongea en lançant un leurre, dont le bruit fut pris pour un lancement de torpille. Finalement à court d’oxygène, il fit surface au milieu de quatre contre-torpilleurs de l’US Navy. Il est important de noter que le Shoumkov avait déjà inséré une torpille nucléaire dans son tube lance-torpille numéro 1.
L’Incident du U-2 et le Pic de Tension
Le 27 octobre fut le jour où la crise atteignit son paroxysme. L’avion espion U-2 piloté par le commandant Rudolf Anderson Jr. fut abattu au-dessus de Cuba. Khrouchtchev n’avait pas donné cet ordre.
Le Conseil de sécurité nationale américain interpréta cet acte comme une escalade de la violence. Néanmoins, Kennedy, faisant preuve de retenue, n’ordonna pas de riposte immédiate. Il donna l’ordre de ne bombarder les sites de missiles qu’en cas de nouvelle agression.
Le même jour, la CIA annonça que 24 missiles soviétiques étaient désormais opérationnels et pointés sur des cibles américaines. La tension était maximale : si les Soviétiques ne démantelaient pas leurs installations avant le 29 octobre, les États-Unis lanceraient une attaque aérienne.
🤝 La Résolution et le Compromis Secret
Les Canaux de Communication
La résolution de la crise reposa sur l’établissement d’une communication directe et efficace entre Washington et le Kremlin, allant au-delà des canaux officiels.
Kennedy et Khrouchtchev avaient mis en place deux canaux de communication :
- Le canal officiel : Il se manifestait par des rencontres régulières entre Robert Kennedy (le frère du Président) et l’ambassadeur soviétique Anatoli Dobrynine.
- Le canal secret/non-officiel : Il passait par Georgi Bolshakov, un agent du renseignement russe. Plus tard, l’ambassadeur Anatoli Dobrynine utilisa ses réseaux informels, permettant au chef de poste du KGB à Washington de rencontrer un informateur du FBI qui était en contact direct avec Robert Kennedy.
L’importance de la communication dans la résolution des conflits était un principe cher à Kennedy, inspiré du livre Août 14 de Barbara Tuchman, qui soulignait le rôle des mauvaises communications et des malentendus dans le déclenchement des guerres.
L’Accord Kennedy-Khrouchtchev 📜
Khrouchtchev envoya deux lettres successives :
- La première lettre (secrète) : Envoyée le soir du 26 octobre, Khrouchtchev y affirmait être prêt à retirer les missiles de Cuba si les États-Unis s’engageaient à ne pas envahir l’île.
- La deuxième lettre (publique) : Envoyée le matin du 27 octobre, Khrouchtchev rendait son offre précédente conditionnelle au retrait des missiles américains présents sur le sol turc.
Un compromis fut trouvé le soir du 28 octobre. Robert Kennedy rencontra l’ambassadeur Anatoli Dobrynine à l’ambassade de l’URSS à Washington pour une rencontre de la dernière chance. Khrouchtchev annonça sur Radio Moscou qu’il donnait l’ordre de démanteler les sites de missiles.
L’accord final reposait sur plusieurs éléments :
- L’URSS s’engageait à stopper ses navires en route vers Cuba et à enlever toutes ses installations militaires.
- Les États-Unis s’engageaient à ne pas attaquer Cuba.
- Les États-Unis devaient démanteler, dans les six mois, leurs 15 fusées PGM-19 Jupiter installées en Turquie, ainsi que d’autres en Italie.
La clause de non-engagement à l’égard de Cuba est perçue aujourd’hui comme un point très important qui aurait accéléré la sortie de crise en permettant aux Soviétiques d’éviter l’humiliation. La partie concernant le retrait des missiles Jupiter devait, initialement, rester secrète.
L’accord, nommé « l’accord Robert Kennedy-Anatole Dobrynine », fut révélé par Robert Kennedy en 1968, et détaillé en 1978 par Arthur Schlesinger Jr.. Le retrait des missiles de Turquie et d’Italie fut honoré en avril 1963.
📈 Conséquences et Héritage de la Crise
La guerre fut évitée de justesse. Cet événement eut un impact profond sur la politique intérieure et extérieure des deux superpuissances et marqua un tournant dans la Guerre Froide.
La Détente et le Téléphone Rouge ☎️
La crise de Cuba, point le plus critique de la guerre froide, engagea un mouvement de détente qui dura de 1962 à 1975.
L’une des mesures immédiates fut la mise en place d’un « téléphone rouge ». Cette ligne de communication directe reliait la Maison-Blanche au Kremlin, dans le but d’éviter qu’une nouvelle crise similaire ne dégénère à cause d’une impasse diplomatique ou d’un manque de communication. L’accord pour cette mise en place fut finalisé en août 1963.
Bilan pour les Superpuissances
Le retrait des armements de Cuba fut largement considéré à l’Ouest comme un succès personnel de Kennedy.
Pour Khrouchtchev, la crise fut perçue comme un sérieux échec, lui faisant perdre du crédit, notamment dans le tiers-monde. Les Chinois taxèrent l’URSS d’« aventuristes » et de « capitulationnistes ». La perte de crédit de Khrouchtchev aurait, selon la majorité des études, contribué à son renversement en octobre 1964.
Cependant, l’URSS obtint des avantages tangibles :
- Assurance de Non-Invasion : L’URSS obtint l’assurance que les États-Unis ne tenteraient plus de renverser le régime de Castro par la force.
- Retrait des Missiles Jupiter : Bien que le retrait des missiles Jupiter de Turquie ait été envisagé pour cause d’obsolescence avant la crise, sa réalisation fut une victoire symbolique pour l’URSS. Les Américains durent même s’engager à retirer d’autres missiles Jupiter stationnés en Italie pour satisfaire l’accord (un point quantitatif supérieur à la demande initiale de Moscou).
L’argument selon lequel Kennedy ne s’interdisait rien en promettant de ne pas envahir Cuba est jugé « peu convaincant » par certains analystes, car depuis l’échec de la baie des Cochons, les menaces contre Castro persistaient, comme en témoignent les déclarations du vice-président Lyndon B. Johnson en octobre 1962.
Analyse Théorique de la Crise (Modèles d’Allison) 🧠
La crise des missiles de Cuba est devenue un cas d’étude fondamental dans les domaines des relations internationales et de la théorie des jeux. Graham T. Allison, dans son ouvrage Essence of Decision: Explaining the Cuban Missile Crisis, a exposé plusieurs modèles pour en expliquer le déroulement et les choix des acteurs.
- Le Modèle de l’Acteur Rationnel : Ce modèle associe l’État à un agent rationnel dont les choix sont examinés en fonction des objectifs poursuivis. Bien que souvent utilisé, Allison souligne que ce modèle est imparfait car il peut trop facilement justifier n’importe quelle situation a posteriori. Il ne parvient pas à expliquer certains faits, comme la décision soviétique de ne camoufler les missiles qu’après leur découverte par les U-2.
- Le Modèle du Processus Organisationnel : Ce modèle présente le gouvernement comme un ensemble d’organisations ayant chacune sa propre logique et fonctionnant selon une routine bureaucratique. Ces organisations tendent à mener leur propre politique. Ce modèle explique que les dirigeants préfèrent souvent des solutions limitant l’incertitude à court terme ou qu’ils se mettent d’accord sur la première réponse « satisfaisante » faute de ressources illimitées, notamment temporelles.
- Le Modèle de la Politique Gouvernementale : Ce modèle s’inspire de Richard Neustadt et insiste sur le fait que l’action résulte d’une négociation complexe entre différents acteurs ayant des conceptions et des valeurs divergentes. L’action finale est le produit de ces négociations, et non la réponse à un seul problème, mais à une multitude de problèmes entremêlés. Allison insiste sur l’importance du charisme des dirigeants pour parvenir à un consensus dans ce cadre.
D’un point de vue communicationnel, l’ingénieur électricien Paul Baran a proposé, durant ce conflit, que la protection des systèmes de communication nécessitait une distribution spatiale plutôt qu’une centralisation, garantissant leur fonctionnement malgré les frappes ennemies potentielles. Il suggéra également que les informations importantes soient transmises via des réseaux numériques. Ces idées ont jeté les bases du futur réseau mondial.
L’Importance de la Volonté de Paix
De nombreux chercheurs occidentaux attribuent la résolution de la crise au comportement exemplaire et au savoir-faire diplomatique de Kennedy. Cependant, il est essentiel de reconnaître que ces qualités n’auraient pas suffi si Khrouchtchev n’avait pas également fait preuve d’une volonté de négocier et n’avait pas partagé l’objectif commun d’éviter une guerre nucléaire à tout prix. La communication, tant officielle que secrète, a joué un rôle primordial dans le dénouement pacifique.
🇫🇷 Rôle de la France dans la Crise
La crise de Cuba a servi d’alibi dans les relations franco-américaines, marquées par ailleurs par des malentendus et des tensions en 1962 et 1963.
Le Général de Gaulle apporta un soutien immédiat et inconditionnel à l’allié américain, contrastant avec la position britannique.
Avant la crise, la France avait joué un rôle d’information crucial, ses services (le SDECE) ayant fourni des renseignements à la CIA concernant l’implantation des missiles soviétiques. L’ambassadeur de France à La Havane, Roger du Gardier, et le vice-consul de France à Washington, Philippe Thyraud de Vosjoli, collaboraient étroitement avec la CIA. En mai 1962, le gouvernement français avait même autorisé la CIA à établir son propre bureau dans l’ambassade de France à La Havane.
Toutefois, après la crise, la France prit ses distances, estimant que l’Amérique avait réglé seule les affaires mondiales directement avec l’Union soviétique, sans consulter ses alliés.
🗓️ Chronologie des Événements Clés 1959–1963
Voici les jalons majeurs ayant mené à et résolu la crise des missiles :
| Date | Événement | Source(s) |
|---|---|---|
| Janvier 1959 | Fidel Castro renverse Fulgencio Batista. Les États-Unis reconnaissent le nouveau régime. | |
| Mai 1959 | Début de la réforme agraire à Cuba, chassant des compagnies américaines. | |
| Janvier 1961 | Rupture des relations diplomatiques entre les États-Unis et Cuba suite aux nationalisations. | |
| Avril 1961 | Échec du débarquement de la baie des Cochons. | |
| Novembre 1961 | Installation des missiles Jupiter américains en Turquie. | |
| Février 1962 | Début de l’embargo américain contre Cuba. | |
| Mai 1962 | Déclenchement de l’Opération Anadyr par Khrouchtchev (envoi de troupes et missiles à Cuba). | |
| 14 octobre 1962 | Découverte des sites d’installation de missiles nucléaires soviétiques SS-4 à Cuba par un avion U-2. | |
| 22 octobre 1962 | Discours télévisé de Kennedy annonçant la présence des missiles et l’instauration de la « quarantaine » (blocus naval). Le Strategic Air Command est placé en Defcon 2. | |
| 24 octobre 1962 | Mise en place effective du blocus. Les cargos soviétiques font demi-tour. | |
| 27 octobre 1962 | Abattage de l’U-2 du commandant Rudolf Anderson Jr. au-dessus de Cuba. Khrouchtchev envoie une lettre publique exigeant le retrait des Jupiter de Turquie. | |
| 28 octobre 1962 | Khrouchtchev annonce le démantèlement des armes offensives à Cuba contre la promesse de non-invasion et le retrait des missiles Jupiter de Turquie et d’Italie. Fin de la crise. | |
| Novembre 1962 | Fin de la quarantaine. Castro accepte le retrait des bombardiers soviétiques. Le représentant soviétique à l’ONU, Valerian Zorin, est relevé de ses fonctions pour avoir nié la présence des missiles. | |
| Avril 1963 | Démantèlement des missiles Jupiter de Turquie et d’Italie par les États-Unis. | |
| Août 1963 | Signature du traité sur l’interdiction des essais nucléaires dans l’espace. Mise en place du téléphone rouge. | |
| Novembre 1963 | Assassinat de Kennedy. Lyndon B. Johnson renouvelle la promesse de non-invasion à Khrouchtchev. | |
| Octobre 1964 | Khrouchtchev est limogé. |
🛑 Épilogue : Les Leçons d’une Quasi-Apocalypse
La crise des missiles de Cuba reste l’événement où le risque d’escalade nucléaire fut le plus élevé. L’accord qui y mit fin, bien que salué, a laissé des traces.
L’URSS parvint à maintenir son influence sur Cuba, qui resta communiste et échappa à d’autres tentatives de renversement armé de la part des Américains. Cependant, la promesse de non-invasion faite par Kennedy fut contestée par les factions anticastristes américaines et cubaines, qui la considéraient comme « accepter l’inacceptable ».
Des mini-crises ont émaillé les années suivantes. En 1970, des attaques anticastristes ravivèrent les tensions. L’URSS réagit en tentant de construire des bases de sous-marins nucléaires à Cuba, projet abandonné après que l’administration Nixon eut réaffirmé publiquement l’accord de non-invasion de 1962.
Le retrait des missiles américains d’Europe (Jupiter d’Italie et de Turquie, et Thors de Grande-Bretagne) a été considéré par certains stratèges, notamment dans les années 1980 (pendant la crise des euromissiles), comme une erreur de Kennedy et une victoire à long terme pour Khrouchtchev. Helmut Schmidt expliqua en 1982 que Kennedy avait unilatéralement retiré ces fusées comme monnaie d’échange. L’éditorialiste André Fontaine qualifia même cela d’« erreur de Kennedy » en 1983.
Néanmoins, l’ingéniosité dont ont fait preuve les acteurs pour établir des canaux de communication discrets, combinée à une volonté mutuelle d’éviter la catastrophe, a permis de transformer un face-à-face existentiel en une porte vers la Détente.
