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Gérard Philipe : Biographie Détaillée et Héritage d’une Étoile Filante du Théâtre et du Cinéma Français 🇫🇷🎬
Gérard Philipe, né Gérard Albert Philip, fut une figure emblématique de la culture française de l’après-guerre. Acteur à la fois actif au théâtre et au cinéma, il marqua son époque par son image d’une jeunesse éternelle et romantique. Sa carrière, quoique courte, fut fulgurante, le hissant au rang de principale vedette jusqu’à sa mort prématurée à l’âge de 36 ans.
Né le 4 décembre 1922 à Cannes, dans les Alpes-Maritimes, et décédé le 25 novembre 1959 à Paris (6e arrondissement), Gérard Philipe est aujourd’hui considéré comme l’un des grands symboles du cinéma hexagonal. Son œuvre et son engagement continuent d’inspirer, témoignant d’une vie dédiée à l’art et à des idéaux sociaux forts.
1. L’enfance et les prémices d’une vocation théâtrale (1922–1944) 👶🎭
1.1. Naissance et environnement familial 🏡
Gérard Albert Philip naît dans la villa Les Cynanthes à Cannes. Il est issu d’une famille aisée. Son père, Marcel Philip (1893-1973), était un riche hôtelier (propriétaire de divers établissements sur la Côte d’Azur et à Paris) et avocat dans un cabinet de contentieux juridique cannois. Sa mère était Marie Elisa Villette (1894-1970), surnommée « Minou ». Le jeune Gérard avait un frère, Jean, son aîné d’un an.
L’environnement politique de la famille Philip fut complexe : le père fut d’abord membre de la ligue nationaliste des Croix-de-Feu en 1936. Il se montra ensuite enthousiaste pour le projet de national-socialisme à la française de Jacques Doriot, adhérant au Parti populaire français (PPF) et devenant même secrétaire de la fédération de Cannes. Durant la guerre, Marcel Philip fut contraint d’abriter l’état-major mussolinien en 1940, puis l’état-major nazi en 1943, dans le Parc Palace Hôtel de Grasse qu’il gérait. Après la Libération, ces actions eurent des conséquences graves, puisque Marcel Philip fut condamné à mort par contumace pour dénonciation de collaboration, bien qu’aucune preuve n’ait été présentée. Il se réfugia en Espagne et fut gracié en 1962 par le général de Gaulle, recevant par la suite la visite de Gérard, Anne et de leurs enfants.
Côté formation, Gérard Philipe fut interne avec son frère Jean au lycée de l’institut Stanislas de Cannes, tenu par les marianistes, où il se montra bon élève. Il y obtint son baccalauréat au début de la Seconde Guerre mondiale.
1.2. La révélation de la scène ✨
En 1940, la famille déménagea à Grasse où le père gérait le Parc Palace Hôtel. La Côte d’Azur devint alors, en zone libre, un centre d’activité intense pour de nombreux artistes.
En 1941, Gérard Philipe commença des études de droit à Nice, une carrière de juriste souhaitée par son père. Cependant, le jeune homme songeait déjà à devenir acteur, ce à quoi son père s’opposait. Sa mère, Marie, intervint de manière décisive en 1941, rencontrant le cinéaste Marc Allégret (elle s’amusait alors à tirer les cartes aux clients de l’hôtel). Elle persuada le réalisateur d’auditionner son fils.
L’audition consista en une scène d’Étienne, une pièce de Jacques Deval où, ironiquement, un fils de 17 ans voyait sa vocation de comédien contrariée par son père. Marc Allégret fut impressionné par une « sorte de violence […] qu’on sentait à tout instant prête à bouillonner » chez le jeune homme. Le cinéaste lui conseilla de s’inscrire au Centre des jeunes du cinéma à Nice, puis de prendre les cours d’art dramatique de Jean Wall et Jean Huet à Cannes. Sa mère le soutint pleinement dans ce choix.
En 1942, il passa une audition infructueuse pour le film Les Cadets de l’océan de Maurice Cloche, et fit également un essai pour Le Blé en herbe, un projet censuré par le régime de Vichy. Ses véritables débuts eurent lieu au théâtre dans la pièce Une grande fille toute simple d’André Roussin, dont la première eut lieu le 11 juillet au casino de Cannes. Cette pièce connut un grand succès et fit l’objet d’une tournée dans le sud de la France et en Suisse.
C’est à cette époque, par superstition, qu’il ajouta un « e » à son nom de famille, formant ainsi avec son prénom un total de 13 lettres.
1.3. La percée à Paris et les premiers rôles marquants 🌟
En 1943, Gérard Philipe confirma ses dons d’acteur en tournant avec succès dans la pièce Une Jeune Fille savait d’André Haguet, qui connut le succès à Paris. La famille Philip s’installa alors à Paris, rue de Paradis, dans le 10e arrondissement. Gérard acquit son indépendance financière et s’installa rue du Dragon, à Saint-Germain-des-Prés, avec son ami Jacques Sigurd.
Après une silhouette et un petit rôle dans les films de Marc Allégret (La Boîte aux rêves et Petites du quai aux fleurs), Gérard Philipe connut son premier succès et la célébrité à l’âge de vingt ans en interprétant l’ange dans Sodome et Gomorrhe de Jean Giraudoux. Impressionné, le directeur du théâtre, Jacques Hébertot, déclara que l’on n’avait « rien à apprendre à ce jeune comédien. Il était habité ».
Malgré le succès, il s’inscrivit au Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD). Il suivit les cours de Denis d’Inès et obtint le second prix de comédie l’année suivante, ayant été admis à concourir dès sa première année. Il fut également formé par Georges Le Roy. En 1944, il rencontra au Conservatoire le futur poète Georges Perros, avec qui il resta lié toute sa vie.
2. L’acteur engagé et l’explosion de l’après-guerre (1944–1950) 🌍🚀
2.1. Résistance et Libération de Paris ✊
Gérard Philipe obtint une attestation médicale en février 1943 (puis une autre en juin 1943) affirmant qu’il avait été atteint de pleurésie trois ans plus tôt et que son état restait fragile (« 65 kg pour 1,83 m »). Cette astuce lui permit d’échapper au Service du Travail Obligatoire (STO). Cette pleurésie occasionna d’ailleurs des soucis de santé au jeune homme par la suite.
Bien qu’il ne rejoigne la Résistance qu’à la dernière heure, il participa activement à la Libération de Paris, du 20 au 25 août 1944. Il prit notamment part aux combats pour la libération de l’Hôtel de Ville, en compagnie d’une trentaine de personnes sous les ordres de Roger Stéphane.
2.2. La gloire au cinéma et l’image romantique 💖
L’après-guerre marqua l’envol définitif de sa carrière. En mars 1945, il fit la connaissance de l’actrice Maria Casarès par le biais de la pièce Fédérigo. Sa notoriété théâtrale s’accrut considérablement grâce à la création de Caligula d’Albert Camus au théâtre Hébertot. C’est en le voyant dans cette pièce que le réalisateur René Clair le découvrit, se disant « déconcerté par l’aspect romantique et intellectuel du jeune acteur ».
Il obtint son premier rôle principal au cinéma dans Pays sans étoiles de Georges Lacombe, sorti en avril 1946. Peu après, il considéra L’Idiot de Georges Lampin (sorti en juin 1946) comme sa « première vraie expérience du cinéma », un film dans lequel il affirma avoir commencé à « sentir [son] métier ».
Le rôle qui lui apporta une consécration internationale fut François Jaubert dans Le Diable au corps de Claude Autant-Lara, sorti en 1947, où il partageait l’affiche avec Micheline Presle. Ce film confirma son immense succès en France et lui permit de remporter le prix d’interprétation au Festival international de Bruxelles en 1947. L’année 1948 vit son triomphe cinématographique se confirmer avec La Chartreuse de Parme de Christian-Jaque, sorti le 21 mai. Il obtint également sa première Victoire du meilleur acteur du cinéma français en 1948.
En 1952, il devint une véritable « idole des jeunes » à travers le monde (Japon, États-Unis, Hongrie, etc.) grâce au film Fanfan la Tulipe de Christian-Jaque, aux côtés de Gina Lollobrigida.
2.3. Un acteur politiquement engagé 💬
Gérard Philipe utilisa sa notoriété pour ses convictions politiques. Il était compagnon de route du Parti communiste français (PCF), aux côtés de son épouse Anne Philipe. Il fut l’un des premiers à signer l’appel de Stockholm en 1950, qui militait contre l’armement nucléaire en pleine Guerre froide. Il rejoignit également le Conseil national du Mouvement de la paix, présidé par Frédéric Joliot-Curie.
Malgré cet engagement, qui l’amena à effectuer plusieurs tournées dans les pays socialistes où il jouissait d’une grande notoriété, il fit preuve d’indépendance en protestant publiquement contre l’intervention soviétique à Budapest en 1956, tout en conservant sa sympathie communiste.
Il s’engagea aussi dans le domaine syndical. En septembre 1957, il fut élu à la tête du Comité National des Acteurs, un nouveau syndicat qu’il soutint matériellement et financièrement. Il militait notamment pour l’amélioration des salaires et des indemnités de répétitions face à l’évolution du métier (développement du cinéma et de la télévision). Ce syndicat fusionna l’année suivante avec le Syndicat National des Acteurs pour former le Syndicat Français des Acteurs, dont il fut le Secrétaire général entre le 15 juin 1958 et le 26 avril 1959.
À la fin de sa vie, en mai 1958, il participa aux manifestations contre l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir. Quelques mois avant sa mort, il fut reçu à Cuba par Fidel Castro, où il se montra plein d’espoir envers la nouvelle révolution.
3. Le TNP et l’apogée théâtrale : la rencontre avec Jean Vilar (1950–1959) 🎭👑
3.1. L’aventure du Théâtre National Populaire (TNP) 🤝
L’année 1950 fut décisive. Après avoir refusé une première fois de jouer Le Cid en 1948, Gérard Philipe vint trouver Jean Vilar en novembre 1950, impressionné par la vision du metteur en scène. Vilar, alors directeur du Théâtre de l’Atelier, témoignait que Philipe dégageait « à la fois de force calme et de fragilité ».
Philipe fut conquis par Vilar et ses propos sur le théâtre, acceptant de le suivre dans son entreprise. Il reconnut que l’une des raisons majeures de son ralliement était le « nouveau contact que Vilar avait su créer avec son public – ce public jeune, ce public populaire qui devait devenir celui du TNP ».
En 1951, Jean Vilar fut nommé directeur du Théâtre national populaire (TNP) et Philipe devint un membre clé de la troupe, qui comprenait également de jeunes talents tels que Philippe Noiret, Jeanne Moreau, Charles Denner et Daniel Sorano. Philipe affirma : « pour moi le TNP c’est chez moi, c’est ma maison ».
3.2. Le Cid et le Prince de Hombourg à Avignon 🏰
Les répétitions du Cid de Pierre Corneille et du Prince de Hombourg d’Heinrich von Kleist commencèrent le 30 mai 1951. Gérard Philipe, après des débuts difficiles, s’appropria le rôle de Rodrigue grâce à Jean Vilar.
La première du Prince de Hombourg eut lieu le 15 juillet 1951 au Festival d’Avignon, dans la cour d’honneur du Palais des papes. Malgré un accident (une chute de 2,50 mètres lors de la dernière répétition en costumes) qui l’obligea à jouer assis ou immobile durant tout le festival, la pièce fut un triomphe. Cette expérience renforça son attachement au projet de Vilar de rendre le théâtre accessible à tous. Léon Gischia estima qu’« Avignon aura été pour Gérard un mariage d’amour avec son public ».
Le 29 septembre, Gérard Philipe signa son contrat d’engagement au TNP, tacitement reconductible. Malgré sa renommée internationale, il accepta un salaire modeste pour ne pas compromettre le budget de la troupe (30 000 francs bruts mensuels, soit 750 € en 2019, plus 400 francs, soit 10 € en 2019, par répétition). Jean Vilar témoigna qu’en huit ans, l’acteur ne demanda ni augmentation, ni traitement de faveur.
3.3. Mise en scène et rôles classiques 🎭
Gérard Philipe diversifia ses activités au TNP en se frottant à la mise en scène.
- En 1952, il réalisa sa première mise en scène avec Nucléa, une pièce d’Henri Pichette qui dénonçait la guerre nucléaire.
- La même année, il assura sa première régie au TNP avec Lorenzaccio d’Alfred de Musset. Cette pièce connut un grand succès au Festival d’Avignon, puis à Paris l’année suivante.
- En 1954, Jean Vilar lui confia le rôle-titre et la mise en scène de Richard II de William Shakespeare. Vilar s’émerveilla de ses dons, de sa « grâce qui sait rester discrète, de cette technique si pure ».
Ses rôles au théâtre comprenaient des classiques du répertoire comme Rodrigue (Le Cid), le Prince Frédéric (Le Prince de Hombourg), Caligula, Lorenzo de Médicis (Lorenzaccio), Richard II, Ruy Blas, et Octave (Les Caprices de Marianne).
4. Une œuvre hétérogène et un legs artistique 🎞️🎤
4.1. Films majeurs et collaborations 🎥
Même avec son engagement au TNP, Gérard Philipe ne délaissa jamais le cinéma.
Il a collaboré avec les plus grands réalisateurs de son temps, tels qu’Yves Allégret, Christian-Jaque, Marcel Carné, Claude Autant-Lara, René Clair, René Clément, Luis Buñuel et Roger Vadim.
Parmi ses œuvres cinématographiques principales, au-delà des films déjà cités (Le Diable au corps, La Chartreuse de Parme, Fanfan la Tulipe), on retrouve :
- La Ronde (1950) de Max Ophüls.
- Les Belles de nuit (1952) de René Clair.
- Les Orgueilleux (1953) d’Yves Allégret.
- Monsieur Ripois (1954) de René Clément, pour lequel il reçut l’Étoile de cristal du meilleur acteur en 1955.
- Le Rouge et le Noir (1954) de Claude Autant-Lara, où il incarna Julien Sorel.
- Les Grandes Manœuvres (1955) de René Clair.
- Montparnasse 19 (1958) de Jacques Becker, où il joua Amedeo Modigliani.
- Les Liaisons dangereuses 1960 (1959) de Roger Vadim, où il fut le Vicomte de Valmont.
- La Fièvre monte à El Pao (1960) de Luis Buñuel, son dernier film.
4.2. Tentative de réalisation et intérêt pour la télévision 📺
En 1956, Gérard Philipe réalisa, en coproduction avec l’Allemagne de l’Est et l’aide de Joris Ivens, le long métrage Les Aventures de Till l’Espiègle. Ambitieux mais « mal maîtrisée », la production ne rencontra pas le succès en France, et les critiques sévères affectèrent l’acteur, qui ne réalisa pas d’autre film.
À la fin des années 1950, il manifesta également un vif intérêt pour la télévision naissante. Il appréciait particulièrement les « dramatiques » (les premiers téléfilms) qui s’adressaient à un public populaire. Il aurait souhaité monter un projet de téléfilm ou jouer dans une série télévisée, à l’image de ce que firent Jean Marais ou Michel Piccoli plus tard.
4.3. Une voix engagée : Discographie et lectures 🎧
Gérard Philipe fut l’un des acteurs français ayant le plus enregistré de disques entre 1952 et 1959. Son contenu était très éclectique.
Il est célèbre pour ses enregistrements destinés à la jeunesse et à la musique classique :
- Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry (1954), qui lui valut le grand prix du disque de l’Académie Charles-Cros.
- Pierre et le Loup de Serge Prokofiev (1957).
- Mozart raconté aux enfants (1955).
- Don Quichotte de la Mancha (1958).
Il enregistra également de nombreuses adaptations discographiques ou radiophoniques de pièces de théâtre qu’il avait jouées avec succès au TNP, notamment des tragédies classiques du XVIIe siècle et des drames modernes du XIXe siècle, comme Le Cid, Le Prince de Hombourg, Ruy Blas, Lorenzaccio et On ne badine pas avec l’amour.
Fidèle à ses idéaux politiques, il enregistra aussi des disques de lectures de textes de Karl Marx, notamment un 30 cm intitulé Les Pensées de Karl Marx, forgeron d’un instrument moderne de la connaissance, ainsi que des extraits du Manifeste du parti communiste. Il enregistra par ailleurs des textes de grands poètes tels que Victor Hugo, François Villon, Guillaume Apollinaire, Louis Aragon et Paul Éluard.
5. Vie personnelle et la fin prématurée 💔🥀
5.1. Amour et famille 👨👩👧👦
En 1942, Gérard Philipe rencontra Nicole Navaux, ethnologue et épouse du diplomate François Fourcade. Ils se lièrent en 1946 et se marièrent le 29 novembre 1951 à Neuilly-sur-Seine, après le divorce de Nicole. Gérard demanda alors à son épouse de reprendre son premier prénom, Anne, qu’il trouvait plus poétique.
Le couple eut deux enfants :
- Anne-Marie Philipe, née le 21 décembre 1954, qui deviendra écrivaine et comédienne.
- Olivier Philipe, né le 10 février 1956.
La famille vécut boulevard d’Inkermann à Neuilly, puis rue de Tournon à Paris à partir de 1956. Ils passaient leurs vacances d’été dans une propriété de la famille d’Anne à Ramatuelle, en Provence. Ils avaient également acheté une propriété à Cergy, au bord de l’Oise, en 1954, qui leur servait de havre de paix loin des journalistes, où ils recevaient leurs amis (Georges Perros, Agnès Varda, Claude Roy, René Clair).
5.2. La mort du Cid ⚰️
Le 5 novembre 1959, Gérard Philipe fut hospitalisé à la clinique Violet à Paris (15e). Il y fut diagnostiqué d’un cancer du foie. Son épouse, Anne, et les médecins choisirent de lui cacher la vérité, lui faisant croire qu’il s’agissait d’une opération réussie contre un abcès.
Quelques jours avant son trente-septième anniversaire, Gérard Philipe mourut le 25 novembre 1959, à son domicile parisien, 17, rue de Tournon (Paris 6e). Sa mort, due à un cancer du foie, provoqua une émotion profonde en France en raison de sa grande popularité.
Conformément à ses dernières volontés, il fut enterré dans le cimetière de Ramatuelle (Var), revêtu du costume de Don Rodrigue du Cid.
Le 28 novembre 1959, Jean Vilar lui rendit un hommage poignant sur la scène du théâtre de Chaillot, soulignant que « La mort a frappé haut. Elle a fauché celui-là même qui […] pour nous-même exprimait la vie ». Vilar décrivit Gérard Philipe comme un « Travailleur acharné, travailleur secret, travailleur méthodique » qui se méfiait de ses dons.
6. Postérité et reconnaissance perpétuelle 🏛️🌟
6.1. Distinctions et récompenses 🏆
Durant sa courte carrière, Gérard Philipe fut maintes fois récompensé, symbolisant sa domination de la scène et de l’écran français de l’après-guerre :
- Prix d’interprétation au Festival international de Bruxelles en 1947, pour Le Diable au corps.
- Victoire du meilleur acteur du cinéma français en 1948, 1952 (avec Daniel Gélin), 1953, et 1954.
- En 1955, il fut mis hors concours pour les Victoires et fit partie du jury d’honneur.
- Étoiles de cristal du meilleur acteur en 1955 pour Monsieur Ripois.
- Jussi (récompense finlandaise) du film étranger en 1955 pour Monsieur Ripois et Le Rouge et le Noir.
Trente ans après sa mort, un César d’honneur lui fut attribué à titre posthume en 1990, remis par Philippe Noiret à sa fille, Anne-Marie Philipe.
6.2. Hommages et mémoire collective 📝
La mémoire de Gérard Philipe est perpétuée par de nombreux lieux et œuvres.
- Son nom a été donné à d’innombrables rues, théâtres, cinémas, maisons de la culture et établissements d’enseignement français, notamment des écoles élémentaires et des collèges (comme à Froissy, Soissons, Montpellier, Avignon et Paris).
- Un panneau « Histoire de Paris » lui rend hommage au 17, rue de Tournon, son dernier domicile.
- Un timbre postal d’une valeur de 50 centimes, le représentant dans le costume du Cid, fut émis le 12 juin 1961.
Son épouse Anne Philipe a publié deux biographies après sa mort, témoignant de leur vie commune : Souvenirs (1960) et Le Temps d’un soupir (1964). Plus récemment, son gendre, le journaliste et critique littéraire Jérôme Garcin, a publié Le Dernier Hiver du Cid (2019), qui retrace ses dernières semaines.
L’influence de Gérard Philipe se manifeste aussi dans la fiction, puisqu’il apparaît comme personnage principal, secondaire, ou par simple mention, dans au moins 168 ouvrages de fiction francophones (romans ou nouvelles) recensés en 2023. En outre, des chansons lui ont été dédiées, notamment Un prince en Avignon (1968) et Gérard Philipe tombeau (2009).
7. Annexes : Répertoire détaillé 📚
7.1. Filmographie sélective (Acteur) 🌟
De 1944 à 1960, Gérard Philipe a joué dans des films qui ont défini le cinéma français de cette période.
| Année | Titre du film | Rôle principal | Réalisateur(s) |
|---|---|---|---|
| 1947 | Le Diable au corps | François Jaubert | Claude Autant-Lara |
| 1948 | La Chartreuse de Parme | Marquis Fabrice Del Dongo | Christian-Jaque |
| 1950 | La Beauté du diable | Méphistophélès / Henri Faust, jeune | René Clair |
| 1950 | La Ronde | Le comte | Max Ophüls |
| 1952 | Fanfan la Tulipe | Fanfan la Tulipe | Christian-Jaque |
| 1954 | Monsieur Ripois | André Ripois | René Clément |
| 1954 | Le Rouge et le Noir | Julien Sorel | Claude Autant-Lara |
| 1955 | Les Grandes Manœuvres | Armand de La Verne | René Clair |
| 1956 | Les Aventures de Till l’Espiègle | Till l’Espiègle | Gérard Philipe et Joris Ivens |
| 1959 | Les Liaisons dangereuses 1960 | Vicomte de Valmont | Roger Vadim |
7.2. Rôles principaux au théâtre 🎭
Son activité au théâtre, notamment sous la direction de Jean Vilar au TNP, fut au cœur de sa carrière.
| Année | Titre de la pièce | Auteur | Rôle principal | Metteur en scène(s) |
|---|---|---|---|---|
| 1943 | Sodome et Gomorrhe | Jean Giraudoux | L’Ange | Georges Douking |
| 1945 | Caligula | Albert Camus | Caligula | Paul Œttly |
| 1951 | Le Prince de Hombourg | Heinrich von Kleist | Prince Frédéric | Jean Vilar |
| 1951 | Le Cid | Pierre Corneille | Rodrigue | Jean Vilar |
| 1953 | Lorenzaccio | Alfred de Musset | Lorenzo de Médicis | Gérard Philipe |
| 1954 | Richard II | William Shakespeare | Richard II | Gérard Philipe |
| 1954 | Ruy Blas | Victor Hugo | Ruy Blas | Jean Vilar |
7.3. Narrations et doublages 🎙️
Gérard Philipe prêta également sa voix à plusieurs courts métrages et documentaires, consolidant son héritage sonore.
- 1948 : Les Drames du bois de Boulogne (court métrage) de Jacques Loew.
- 1949 : Visite à Picasso (court métrage documentaire) de Paul Haesaerts.
- 1950 : La Paix vaincra (documentaire) de Joris Ivens (version française).
- 1958 : Un charlatan crépusculaire (court métrage) de Jean Chérasse, récitant d’Apollinaire.
La trajectoire de Gérard Philipe, de l’étudiant en droit à Nice au Cid du Festival d’Avignon, rappelle celle d’une bougie brûlant par les deux bouts. Sa jeunesse, son engagement social et sa mort tragique à 36 ans ont figé son image dans le panthéon culturel français, le transformant en un mythe qui ne vieillira jamais. Il demeure l’incarnation de l’acteur idéaliste, joignant l’excellence classique du théâtre populaire (TNP) à la séduction moderne du cinéma international.
