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🎨 Edgar Degas : L’Artiste Intransigeant et Visionnaire – Résumé et Analyse de son Œuvre et de sa Vie 🖼️
Introduction : Qui était Hilaire Germain Edgar de Gas, dit Degas ?
Edgar Degas, de son nom de naissance Hilaire-Germain-Edgar de Gas, né à Paris le 19 juillet 1834 et décédé dans la même ville le 27 septembre 1917 à l’âge de 83 ans, est l’une des figures les plus complexes et avant-gardistes de l’histoire de l’art français du XIXe siècle. Artiste aux multiples facettes, il fut peintre, graveur, sculpteur, et photographe.
Souvent rattaché au mouvement impressionniste, dont il fut un membre fondateur actif, Degas maintient une position d’exception. Son œuvre, variée dans ses thèmes et ses pratiques, ne s’aligne pas sur les traits les plus connus de l’Impressionnisme, comme la peinture en plein air. Ce positionnement unique, souvent déstabilisant pour les critiques de son époque, est toujours l’objet de nombreux débats parmi les historiens d’art aujourd’hui.
1. 👨👩👧👦 Les Années de Formation et les Origines Familiales (1834-1873)
1.1. Une enfance bourgeoise et cultivée
Degas naît dans un milieu bourgeois cultivé, fils du banquier Auguste de Gas et de Célestine Musson, une Créole originaire de La Nouvelle-Orléans. Ses origines familiales sont diverses : son grand-père maternel était un Français né à Port-au-Prince (Haïti) qui s’était établi à La Nouvelle-Orléans dès 1810. Du côté paternel, le nom original de la famille était De Gas. Le grand-père paternel, banquier, avait quitté la France pour le royaume de Naples pendant la Révolution et avait séparé son nom en deux, pour devenir Degas (nom que le peintre a repris). Le jeune Edgar passera d’ailleurs plusieurs vacances à Capodimonte, dans la villa Paternò, la maison de campagne napolitaine de son grand-père.
Éduqué au lycée Louis-le-Grand entre 1845 et 1853, il a pour professeur de dessin Léon Cogniet. Il y rencontre des amis intimes qui marqueront sa vie, tels qu’Henri Rouart, Paul Valpinçon et Ludovic Halévy. Sa mère décède jeune, en 1847, à l’âge de trente-deux ans.
1.2. L’apprentissage du dessin et la rupture avec la loi
Bien qu’il s’inscrive à la faculté de droit en 1853 pour satisfaire les ambitions de son père, Edgar Degas abandonne rapidement ses études en 1855. Dès 1853, il se consacre au dessin, fréquentant assidûment le Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale pour copier des maîtres comme Albrecht Dürer, Rembrandt, Goya, Mantegna et Paul Véronèse. Il passe également ses journées au Louvre, où il est admis comme copiste dès le 7 avril 1853, fasciné par les peintres hollandais, italiens et français.
Il se forme auprès de Louis Lamothe, ancien disciple d’Ingres, et suit des cours à l’École des beaux-arts de Paris à partir de 1855.
L’influence de la tradition du dessin est primordiale :
- En 1855, il rend visite à Ingres pour lui présenter ses dessins.
- Il attribue à Ingres le conseil : « Faites des lignes, beaucoup de lignes, et vous deviendrez un bon artiste ».
- À vingt et un ans, il copie avec ferveur les œuvres de la rétrospective Ingres.
En rupture avec son père qui s’oppose à sa vocation et à l’abandon du droit, Degas s’installe dans une mansarde froide du Quartier latin. C’est là qu’il attribue le début de ses problèmes oculaires, qui dégénéreront plus tard en demi-cécité : « C’est dans cette mansarde que j’ai pris froid aux yeux ».
1.3. Les voyages en Italie et l’ouverture artistique
Entre 1856 et 1860, Degas entreprend plusieurs voyages en Italie, allant de Naples (où vit une partie de sa famille) à Rome et Florence. Il cherche à approcher directement l’art des grands maîtres classiques comme Raphaël, Luca Signorelli et Sandro Botticelli. Pendant cette période, probablement en 1858, il se lie d’amitié avec le peintre Gustave Moreau.
De retour à Paris en 1859, il prend un atelier. En 1862, une rencontre cruciale a lieu au Louvre avec Édouard Manet. Ce cercle s’élargit au Café Guerbois à Montmartre, où Degas fréquente d’autres jeunes artistes et écrivains (Zola, Bazille, Monet, Pissarro, etc.) pour échanger des critiques et des théories sur l’art, le préparant à l’avant-garde. Ses premières œuvres comptent des portraits familiaux et des peintures d’inspiration néoclassique.
1.4. L’Épisode Américain : La Nouvelle-Orléans (1872-1873)
Après avoir servi dans l’infanterie pendant la guerre franco-prussienne de 1870, et un séjour à Londres en 1871, Degas entreprend un voyage significatif en Louisiane. Entre octobre 1872 et mars 1873, il réside chez son frère René à La Nouvelle-Orléans, dans la famille de sa mère.
C’est là qu’il peint l’une de ses œuvres majeures, Le Bureau de coton à La Nouvelle-Orléans. Cette toile met en scène son oncle, ses frères et ses cousins au travail. Présentée à la deuxième exposition Impressionniste, elle fut critiquée par Zola comme étant trop proche d’une illustration de journal. Néanmoins, en 1878, elle devint la première œuvre de Degas à intégrer une collection publique française, achetée par le Musée de Pau.
2. 🤝 L’Engagement Impressionniste et l’Esprit des « Intransigeants »
Revenu à Paris en mars 1873, Degas joue un rôle moteur dans la création d’un nouveau groupe artistique. Le 27 décembre 1873, il co-fonde la Société anonyme coopérative des artistes peintres, sculpteurs et graveurs avec des figures comme Claude Monet, Auguste Renoir, Alfred Sisley, Camille Pissarro et Berthe Morisot.
2.1. L’Activisme et la Position d’Exception
Degas a activement participé à l’organisation des expositions impressionnistes, contribuant à sept des huit événements tenus entre 1874 et 1886.
Malgré son rôle de membre fondateur, Degas ne se conformait pas à l’approche la plus célèbre du groupe :
- Le nom : Contre l’avis de Monet et Renoir, Degas aurait préféré nommer le groupe Les Intransigeants.
- Le plein air : Si l’art impressionniste est souvent résumé aux effets de lumière en plein air, cette caractéristique n’est pas applicable à Degas. Il affirmait préférer « ce que l’on ne voit plus que dans sa mémoire » et travailler en atelier. Il résumait sa philosophie ainsi : « À vous, il faut la vie naturelle, à moi la vie factice » .
Son intégration au mouvement reposait sur son activisme, son invention technique et la liberté de peindre prônée par le groupe. Dès la deuxième exposition, il fut remarqué, loué ou dénigré pour le réalisme de son travail.
2.2. Les Collaborations et les Relations
Degas entretenait un réseau social intense à Paris, notamment au Café Guerbois, mais il était connu pour sa réserve et son intransigeance morale. Ses répliques cinglantes lui valurent le surnom de « terrible Monsieur Degas ».
Il se lia d’amitié avec Mary Cassatt et entretint des contacts avec une vaste gamme d’artistes (Sognorini, Boldini, Whistler). À la fin des années 1870, il collabora étroitement avec Camille Pissarro sur des estampes et encouragea ce dernier à produire des éventails. Il parraina également Paul Gauguin auprès des impressionnistes.
Ses relations n’étaient pas toujours paisibles : il se brouilla plus tard avec Claude Monet et Caillebotte.
3. 🩰 Les Thèmes Obsessionnels et l’Exploration Technique
L’œuvre de Degas est marquée par son intérêt pour la vie moderne et parisienne. Il était fasciné par les cafés-concerts, les grands boulevards, les courses de chevaux, et le monde du travail féminin (blanchisseuses, modistes).
3.1. La Synthèse Ingres-Delacroix
Degas a constamment cherché à réconcilier les influences apparemment opposées de ses deux grands maîtres admirés :
- Ingres (Le Dessin et la Ligne) : L’influence de l’approche académique et du dessin préparatoire resta constante, même tardivement. En s’inspirant des nus féminins d’Ingres, comme La Baigneuse Valpinçon, Degas dessinait ses femmes à leur toilette, en cernant leurs contours d’un trait sensuel et sombre.
- Delacroix (La Couleur et le Mouvement) : Après avoir admiré les œuvres de Delacroix au Salon de 1859, Degas commença à s’attacher à la couleur et au mouvement. Dans sa dernière période, il adopta des coloris éclatants et des harmonies de couleurs complémentaires, libérant sa palette pour peindre des « orgies de couleur ». Il voyagea même à Tanger en 1889, suivant les traces de son illustre prédécesseur.
3.2. L’Innovation de la Mise en Page et la Photographie 📸
Degas fut un innovateur formel, employant des mises en page audacieuses pour ses scènes de la vie moderne. Son intérêt et sa pratique de la photographie (qu’il exerça vers 1890, réalisant essentiellement des portraits) ont profondément influencé ses compositions.
Il multiplia les points de vue audacieux : en plongée (Femme à la bassine) ou en contre-plongée (Miss Lala au cirque Fernando), souvent avec un cadrage serré et des éléments coupés, donnant un sentiment d’instantanéité ou de surprise. Le Tub (1886) est un exemple de l’influence des clichés photographiques, avec sa vue en plongée et son étagère au premier plan.
3.3. Les Thèmes Récurrents
3.3.1. Les Danseuses de l’Opéra 🩰
La danse est un sujet central qui a marqué la carrière de Degas. Il était fasciné par ces danseuses, les voyant comme des « étoiles ». Il les représentait aussi bien en prestation qu’en préparation ou lors des moments de repos en coulisse, s’introduisant dans les loges et les coulisses de l’Opéra comme « abonné des trois jours » à partir de 1885.
Sa maîtrise des raccourcis, des gros plans, des éclairages imprévus (comme la rampe) et son habileté à agencer les reflets et les sources de lumière confèrent à ses scènes de danse une valeur expressive et novatrice. Il osait couper et sectionner les figures pour suggérer l’espace et le mouvement.
Degas a aussi beaucoup travaillé sur les musiciens de l’orchestre (introduit par son ami bassoniste Désiré Dihau), allant jusqu’à représenter ses amis non musiciens dans la fosse de l’orchestre, les danseuses apparaissant parfois tronquées sur la scène au second plan.
3.3.2. Les Femmes à la Toilette 🧼
Ce thème devint de plus en plus prédominant dans les dernières décennies de sa vie. Il peignait des figures féminines en train de se laver, de se coiffer ou de sortir du bain.
Ses nus de 1886 furent particulièrement remarqués pour leur réalisme. Degas affirmait les montrer « sans coquetterie, à l’état de bêtes qui se nettoient ». Il insistait sur le fait que le nu avait, jusqu’alors, toujours été représenté dans des poses supposant un public, alors que ses modèles étaient des gens simples. Cette approche, qui souligne la véracité anatomique et place la sensualité dans des attitudes contraintes, a conduit certains critiques à le considérer comme misogyne, bien qu’il ait lui-même reconnu à la fin de sa vie : « J’ai peut-être trop souvent considéré la femme comme un animal ».
3.3.3. Les Scènes de la Rue et du Travail Féminin 💼
Degas a réalisé des séries sur les repasseuses, les lingères et les modistes.
- Lingères et Repasseuses : Ces ouvrières représentaient le prototype des Parisiennes modernes. Zola reconnut d’ailleurs s’être inspiré des ouvrières et blanchisseuses de Degas pour son roman L’Assommoir (1877), lui écrivant : « J’ai tout bonnement décrit, en plus d’un endroit, dans mes pages quelques-uns de vos tableaux ».
- Modistes : Une série étendue de modistes (1876-1910) comprend 19 pastels et plusieurs huiles, montrant des femmes qui fabriquent, essaient et achètent des chapeaux.
Degas s’intéressa également aux scènes de maisons closes, réalisant une série de monotypes entre 1876 et 1885. Ces monotypes, publiés après sa mort, eurent une grande influence, notamment sur Pablo Picasso.
4. 🗿 Le Sculpteur : Du Scandale à la Cécité
Si Degas est surtout connu comme peintre, il fut aussi un sculpteur significatif, en particulier à partir des années 1880, lorsque sa vue commençait à décliner.
4.1. La Petite Danseuse de quatorze ans
La sculpture lui servait principalement à fixer le mouvement pour ses peintures. Sur les dizaines de modèles en cire qu’il réalisa, un seul fut exposé de son vivant : La Petite Danseuse de quatorze ans.
Présentée à la sixième exposition impressionniste en 1881, la statue créa un scandale dans la presse. La cire originale, peinte, était agrémentée de matériaux réels (cheveux, chaussons, robe de danse). Les sculptures originales étaient composées de divers matériaux hétéroclites comme de la terre, des bouchons, des tissus et du fil de fer, le tout recouvert de cire d’abeille.
4.2. Les Techniques Mixtes et les Problèmes de Vue
Face à la dégradation de sa vue, Degas délaissa la peinture vers 1890 pour se consacrer au pastel, aux monotypes et à la sculpture. Les tableaux de cette période tardive (1880s) montrent un travail très moderne sur l’expressivité de la ligne et de la couleur. Il mélangeait souvent le pastel avec la gouache et l’aquarelle.
À partir de 1905, Degas se retrancha de plus en plus dans son atelier, aigri par la cécité qui le gagnait et sa surdité.
5. 💔 Un Caractère Difficile et Intransigeant : Les Affaires et la Fin de Vie
5.1. Le « Terrible Monsieur Degas » et les Controverses Légales
Célèbre pour son humour mordant et son caractère intransigeant, Degas n’a pas échappé aux controverses. Par exemple, il fut condamné par le tribunal civil de Paris en 1887 à terminer trois tableaux (dont Le Champ de Courses et Les Grosses Blanchisseuses) pour le collectionneur et baryton Jean-Baptiste Faure, qui l’avait poursuivi en justice pour œuvres insuffisamment travaillées.
De même, l’exposition de vingt-six nus à New York par Paul Durand-Ruel en 1886 créa une forte polémique.
5.2. L’Affaire Dreyfus : La Rupture
L’affaire Dreyfus eut des conséquences dramatiques sur la vie sociale de Degas. Ardent anti-dreyfusard, il fut membre de la Ligue de la patrie française (une ligue anti-dreyfusarde modérée).
Cette position le brouilla en 1897 avec plusieurs de ses amis, notamment Ludovic Halévy (qu’il ne revit que sur son lit de mort) et toute la famille Halévy. Ces amitiés ne se renouèrent qu’après la réhabilitation du capitaine Dreyfus en 1908.
5.3. Les Dernières Années : Solitude et Légende
La fin de vie de Degas fut assombrie par plusieurs facteurs :
- La progression inexorable de ses troubles oculaires et sa surdité.
- La faillite familiale et les problèmes financiers de son frère Achille.
- Son caractère difficile, son esprit mordant et son antisémitisme.
Ces éléments ont contribué à accentuer la misanthropie de ce vieux célibataire. Sourd, ruiné et presque aveugle, il déménagea en 1912 au 6 boulevard de Clichy. Il errait parfois dans Paris, démoralisé, marchant vers son ancienne adresse rue Victor-Massé, alors en démolition. Il refusa même d’être filmé par Sacha Guitry en 1915.
Degas meurt le 27 septembre 1917, au 6 boulevard de Clichy, d’un anévrisme cérébral. Il fut inhumé au cimetière de Montmartre. Suivant ses volontés, il n’y eut pas de discours, sauf une phrase que Forain devait prononcer : « Je ne veux pas de discours. Si ! Forain vous en ferez un, vous direz : il aimait le dessin ».
6. 📚 Le Collectionneur Passionné et l’Héritage
6.1. Le Musée Imaginaire de Degas
L’ampleur de l’œuvre peinte de Degas a souvent éclipsé son intense activité de collectionneur. Degas vivait au milieu de ses tableaux, qui constituaient une sorte de « musée imaginaire » lui permettant de s’entourer de ce qu’il admirait.
Sa collection était extrêmement riche, centrée sur les maîtres du XIXe siècle, en particulier ceux qui l’avaient influencé :
- Ingres : Vingt peintures et quatre-vingt-huit dessins. En 1890, ses collections étaient si importantes qu’il surnommait ironiquement sa nouvelle adresse l’« Hôtel Ingres ».
- Delacroix : Treize tableaux et cent-vingt-neuf dessins.
- Les Dessinateurs : Il considérait Ingres, Delacroix et Honoré Daumier comme les plus grands dessinateurs du XIXe siècle. Il possédait 1 800 lithographies de Daumier et 2 000 estampes de Paul Gavarni.
Il acheta également ses contemporains, comme Cézanne, Manet (presque toutes les gravures et trois tableaux après la rétrospective de 1884), Pissarro (dès 1873), et Sisley. Ses amis, comme Gustave Caillebotte et Édouard Manet, lui firent également des dons.
6.2. Postérité et Influence
L’année suivant sa mort, les œuvres de son atelier et son importante collection furent dispersées aux enchères.
6.2.1. Les Témoignages
Le poète Paul Valéry rencontra Degas en 1896 et une amitié durable naquit. En 1936, Valéry publia « Degas, Danse, Dessin », un texte majeur qui compile ses réflexions sur l’art de Degas, ainsi que des anecdotes du peintre et des souvenirs d’Ernest Rouart, l’unique élève de Degas. Valéry considérait le peintre comme « un chef-d’œuvre de l’esprit humain ».
D’autres témoignages importants incluent ceux d’Ambroise Vollard (1924), qui décrit sa décrépitude physique et financière, et Daniel Halévy (Degas parle, publié en 1995), qui retranscrit les réflexions du peintre sur la couleur, le dessin, et la vie sociale.
6.2.2. Les Débats Critiques et l’Héritage Artistique
La critique posthume a souvent souligné la dualité de Degas, le décrivant comme un moraliste, un peintre de la vie moderne, mais aussi un classique. Le peintre Maurice de Vlaminck, cependant, avoua son aversion pour « l’artiste et le bourgeois », reprochant au dessin de Degas d’être trop académique sous son allure révolutionnaire et libre.
L’influence de Degas fut considérable sur de nombreux peintres postimpressionnistes, notamment Pierre Bonnard, Paul Gauguin ou même Edward Hopper. Le peintre anglais Walter Sickert fut lui aussi profondément influencé par Degas et vint le rencontrer à Dieppe.
6.2.3. Le Débat sur la Sculpture Posthume
À sa mort, 150 sculptures en cire et matériaux composites furent découvertes. Ces modèles furent restaurés (notamment par Albert Bartholomé) et moulés pour permettre des tirages en bronze par Adrien-Aurélien Hébrard entre 1921 et 1931.
Ces tirages posthumes, dont la collection principale fut acquise par Paul Mellon et est aujourd’hui majoritairement conservée à la National Gallery of Art de Washington et au musée d’Orsay, engendrent un débat sur leur authenticité, notamment depuis la découverte de 74 plâtres de travail dans le grenier de la fonderie Valsuani. Le fait que les armatures et systèmes de maintien des cires originales aient été enlevés pour la fonte en bronze, une pratique courante, participe à ce débat.
7. 💡 Conclusion : Le Maître du Mouvement Capturé
Edgar Degas a transcendé les catégories artistiques de son époque. S’il est associé à l’Impressionnisme par son activisme, son génie réside dans son rejet du plein air au profit de la mémoire et de l’atelier, et dans sa capacité à fusionner la rigueur de la ligne classique (Ingres) avec l’éclat de la couleur et l’expression du mouvement (Delacroix).
Grâce à son exploration incessante de la technique (pastel, monotype) et à l’influence de la photographie, il a su capturer l’essence de la vie moderne parisienne, qu’il s’agisse de la lumière crue des coulisses de l’Opéra ou de l’intimité non posée des femmes à leur toilette. Son héritage complexe, entre misanthropie et génie formel, continue de faire d’Edgar Degas une figure incontournable et avant-gardiste de l’histoire de l’art.
