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Lucy : Le Fossile Révolutionnaire 🦴 (AL 288-1) – Australopithecus afarensis
| Fiche d’identité du Spécimen | Détails Clés |
|---|---|
| Surnom | Lucy |
| Nom de catalogue | AL 288-1 |
| Espèce éteinte | Australopithecus afarensis |
| Âge estimé | 3,18 millions d’années |
| Période géologique | Néogène, Époque Pliocène |
| Lieu de découverte | Hadar, Vallée de l’Awash, Afar, Éthiopie |
| Coordonnées géographiques | 11° 08′ 10″ nord, 40° 36′ 00″ est |
| Date de découverte | 24 novembre 1974 |
| Découvreurs | Yves Coppens, Donald Johanson, Maurice Taieb et Tom Gray |
| Signification culturelle (Éthiopie) | Dinqnesh (« tu es merveilleuse ») en amharique, ou Heelomali (« elle est spéciale ») en afar |
| Conservation | Musée national d’Éthiopie, Addis-Abeba |
🌟 Introduction : Un Fossile à l’Aube de l’Humanité
Lucy est le surnom internationalement reconnu donné au spécimen fossile répertorié sous le nom de catalogue AL 288-1. Ce fossile appartient à l’espèce éteinte Australopithecus afarensis, qui est intégrée à la lignée humaine. Découverte en 1974 en Éthiopie, Lucy est datée de 3,18 millions d’années et se situe dans la période géologique du Néogène, plus précisément à l’époque du Pliocène.
La découverte de Lucy a marqué une étape fondamentale dans la paléoanthropologie. Elle représente le premier fossile relativement complet – conservé à 40 %, avec 52 fragments osseux – mis au jour pour une période aussi reculée. Ce spécimen a profondément révolutionné la perception des origines humaines. En effet, l’analyse de ses restes a clairement démontré que l’acquisition de la bipédie remontait à au moins 3,2 millions d’années, précédant largement l’augmentation du volume endocrânien.
Le nom « Lucy » lui a été attribué par les chercheurs qui, le soir de la découverte, écoutaient la chanson des Beatles, « Lucy in the Sky with Diamonds », pendant qu’ils répertoriaient les ossements. En Éthiopie, elle est connue sous le nom de Dinqnesh (ድንቅ ነሽ), qui signifie « tu es merveilleuse » en amharique, ou Heelomali en afar, signifiant « elle est spéciale ».
🗓️ Historique de la Découverte : Hadar, 1974
La mise au jour du fossile AL 288-1 s’inscrit dans le cadre de recherches menées dans la région de l’Afar en Éthiopie, une zone clé pour la compréhension des premiers homininés.
1. La Mission internationale de l’Afar (IARE) 🗺️
La Mission internationale de l’Afar, ou International Afar Research Expedition (IARE), était une collaboration franco-américaine établie en 1972. Cette expédition était co-dirigée par deux Américains, Donald Johanson (paléoanthropologue) et Jon Kalb (géologue), et deux Français, Yves Coppens (paléoanthropologue) et Maurice Taieb (géologue).
Cette mission a organisé cinq campagnes de terrain successives dans la région : en 1972, 1973, 1974, 1975, et enfin en 1976-1977. Chaque campagne mobilisait une équipe d’environ trente chercheurs, comprenant des Américains, des Français et des Éthiopiens. L’objectif principal de ces missions était l’étude des terrains datant du Pliocène et la recherche de restes d’homininés.
2. Le Déroulement de la Découverte du 24 Novembre 🔍
Le spécimen Lucy a été découvert durant la campagne IARE de 1974, sur les rives de la rivière Awash, près du site de Hadar. La date précise de la trouvaille est le 24 novembre 1974.
Le premier fragment du fossile fut localisé sur le versant d’une petite colline, dans la localité désignée A. L. 288. Les premiers observateurs furent Donald Johanson et l’un de ses étudiants, Tom Gray. L’équipe française de cette campagne incluait également Claude Guillemot (artiste et paléontologue) et Raymonde Bonnefille (paléopalynologue). Les découvreurs officiels cités pour Lucy sont Yves Coppens, Donald Johanson, Maurice Taieb et Tom Gray.
L’importance de cette trouvaille réside dans le nombre significatif de fragments osseux récupérés, représentant environ 40 % du squelette total.
3. Classification et Attribution Taxonomique 🧬
Lucy a été décrite pour la première fois en 1976. Cependant, son attribution formelle à une nouvelle espèce n’est intervenue qu’en 1978.
C’est après avoir récupéré la mandibule d’un autre fossile découvert à Laetoli, en Tanzanie (à 1 500 km de distance), que Donald Johanson a proposé de créer l’espèce Australopithecus afarensis, estimant que les fossiles de Hadar et Laetoli étaient compatibles et pouvaient être rattachés à cette même nouvelle espèce.
Par la suite, d’autres découvertes sont venues confirmer l’existence de cette espèce et apporter des détails supplémentaires sur sa morphologie :
- En 1992, la reconstitution du visage de Lucy a été validée par la découverte d’un crâne de mâle adulte appartenant à la même espèce.
- En 2006, le squelette d’un enfant de 3 ans, découvert en 1999 à quatre kilomètres du site de Lucy et surnommé le « bébé de Lucy » (bien qu’il soit cent mille ans plus vieux), a confirmé la coexistence de caractéristiques à la fois simiennes et humaines chez Australopithecus afarensis.
🚶♀️ Principales Caractéristiques : L’Anatomie en Mosaïque
La valeur scientifique de Lucy (AL 288-1) réside dans son état de conservation. Il s’agit du premier fossile relativement complet (52 fragments osseux sur les 206 d’un squelette humain) trouvé pour une période aussi ancienne.
1. Les Fragments Osseux Clés 🦴
Les 52 fragments osseux de Lucy incluent une mandibule, des éléments du crâne, mais surtout des éléments post-crâniens cruciaux pour l’étude de la locomotion. Parmi ces éléments figurent :
- Une partie du bassin.
- Des fragments du fémur.
- Un fragment du tibia et du fibula.
- Des phalanges.
- Des fragments d’os du carpe.
Ces éléments post-crâniens ont été essentiels pour reconstruire le mode de déplacement de l’espèce Australopithecus afarensis.
2. La Bipédie Non Exclusive (Bilocomotion) 🌳
Lucy est caractérisée par une anatomie en mosaïque, combinant des traits primitifs et des traits modernes.
Bien que le cerveau de Lucy fût à peine plus grand que celui d’un chimpanzé, plusieurs indices anatomiques confirment son aptitude à la bipédie :
- Le port de tête.
- La courbure de la colonne vertébrale.
- La forme de son bassin.
- L’inclinaison de son fémur par rapport au plan perpendiculaire au genou, comparable à celle observée chez Homo sapiens.
Cependant, les preuves suggèrent que sa bipédie n’était pas exclusive et qu’elle était encore partiellement arboricole. Les éléments qui soutiennent cette hypothèse sont :
- Ses membres supérieurs étaient proportionnellement un peu plus longs que ceux du genre Homo.
- Ses phalanges étaient plates et courbées.
- L’articulation de son genou offrait une grande amplitude de rotation.
- Une analyse de la structure des os de ses bras a révélé une robustesse similaire à celle des chimpanzés, animaux connus pour leurs capacités arboricoles.
En conséquence, la structure corporelle de Lucy a été qualifiée de « bilocomotrice », car elle associait une forme de bipédie terrestre à une aptitude à grimper.
3. Caractéristiques Individuelles : Taille et Controverse sur le Sexe 🧍♀️/🧍
L’équipe initiale de paléontologues qui a découvert Lucy l’a considérée comme un sujet féminin en raison de sa petite stature et de son type gracile.
Lucy était adulte au moment de sa mort. Sa taille a été estimée à environ 1,10 mètre, et son poids maximal à 30 kg. Elle est morte à l’âge d’environ 25 ans.
Cependant, le genre de Lucy est l’objet de débats au sein de la communauté scientifique :
- Le bassin de Lucy est décrit comme étant plutôt en forme de bol, ce qui est généralement un indicateur d’un sujet féminin.
- Toutefois, depuis 1996, certains chercheurs, basés sur l’analyse de l’os pelvien, ont émis l’hypothèse que Lucy pourrait en réalité être un mâle.
- Ces scientifiques ont suggéré de la rebaptiser Lucien.
- Le crâne, étant cassé, ne permet pas de recueillir les indices typiques de détermination du genre observés sur les rebords des cavités orbitaires, la forme du front ou du menton.
- Face à cette incertitude, certains paléoanthropologues préfèrent la désigner uniquement par son nom de code scientifique, AL 288-1.
4. Hypothèses sur les Causes du Décès 💀
L’analyse des ossements de Lucy a permis d’émettre plusieurs hypothèses sur les circonstances de sa mort, survenue vers l’âge de 25 ans.
Le fait que ses ossements n’aient pas été dispersés suggère un enfouissement rapide, possiblement à la suite d’une crue.
Deux théories principales existent quant à sa cause de mort :
- Maladie dégénérative : Certains chercheurs pensent que Lucy était atteinte d’une maladie dégénérative, s’appuyant sur la présence de proliférations osseuses en avant de certains corps vertébraux.
- Chute mortelle : Une étude menée en 2016, basée sur l’examen des fractures de ses os, notamment l’humérus, suggère que Lucy pourrait avoir fait une chute mortelle d’une hauteur de 12 mètres, atteignant une vitesse d’au moins 56 km/h. Ces fractures sont qualifiées de périmortem. Cependant, cette hypothèse est contestée par d’autres chercheurs, qui estiment que les fractures observées pourraient être d’origine post mortem, survenues après la mort du spécimen.
🌍 Position Phylogénétique : Une Branche Collatérale
Découverte dans des terrains datés de 3,18 millions d’années, Lucy, en tant que représentante d’Australopithecus afarensis, a longtemps été considérée comme la fondatrice de la lignée menant directement à l’être humain.
Toutefois, les connaissances actuelles ont modéré cette vision. Aujourd’hui, la majorité des chercheurs, y compris son co-découvreur Yves Coppens, estiment que Lucy est plus probablement la représentante d’une branche collatérale de la lignée humaine, plutôt qu’une ancêtre directe.
1. Classification Taxonomique et Hominines 🧐
Le genre Australopithecus auquel appartient Lucy fait partie de la famille des Hominidés et de la sous-tribu des Hominines.
La sous-tribu des Hominines regroupe plusieurs genres éteints et actuels, y compris :
- Sahelanthropus (représenté par Toumaï, daté de 7 Ma).
- Orrorin.
- Ardipithecus (représenté par Ardi, daté de 4,4 Ma).
- Kenyanthropus (daté de 3,4 Ma).
- Australopithecus (qui inclut Lucy, daté entre 3,9 et 3 Ma).
- Paranthropus (daté entre 2,7 et 1,4 Ma).
- Homo (le genre des Humains modernes).
2. Les Différents Australopithecus (3,9 – 2 Ma)
Lucy représente Australopithecus afarensis (3,9 à 3 Ma). Ce genre comprend également d’autres espèces importantes, dont :
- A. anamensis (4,2 – 3,8 Ma).
- A. prometheus (3,7 – 3 Ma), dont le fossile Little Foot (découvert en 1994, squelette complet à 97%).
- A. bahrelghazali (3,6 Ma).
- A. deyiremeda (3,4 Ma).
- A. africanus (2,8 – 2,3 Ma).
- A. garhi (2,5 Ma).
- A. sediba (2 Ma).
3. Relations et Débats
À ce jour, les relations exactes de descendance entre ces différents genres d’Hominines, y compris Australopithecus, Ardipithecus, Paranthropus et Homo, ne sont pas entièrement élucidées.
D’autres spécimens d’Australopithecus afarensis notables, comme Selam (découvert en 2000) et Kadanuumuu (découvert en 2005), viennent enrichir la compréhension de l’espèce à laquelle appartenait Lucy.
🏛️ Conservation et Préservation du Fossile
Le fossile original de Lucy, AL 288-1, est conservé de manière sécurisée en Afrique.
1. Lieu de Conservation 🇪🇹
L’original est abrité au Musée national d’Éthiopie à Addis-Abeba.
Au même musée, les visiteurs peuvent voir une réplique du fossile, l’original étant rarement exposé.
2. Présentations et Répliques 🖼️
Des répliques de Lucy sont exposées dans divers musées à travers le monde :
- Une réplique est visible sous vitrine au premier étage de la galerie de Paléontologie et d’Anatomie comparée, située au Jardin des plantes à Paris.
- Une autre réplique est exposée au Naturkundemuseum de Karlsruhe.
- Des reconstitutions du squelette et des modèles vivants (comme celui du Musée de Néandertal à Erkrath, Mettmann) montrent qu’elle était bipède.
Pour marquer le quarantième anniversaire de sa découverte, le 3 décembre 2014, une nouvelle galerie a été inaugurée au musée national d’Éthiopie. Lucy est désormais présentée aux côtés de deux autres squelettes d’Hominines exceptionnels : Ardi (Ardipithecus ramidus) et Selam (Australopithecus afarensis). Cette nouvelle présentation a été organisée avec la collaboration de chercheurs français .
Un monument commémoratif a également été érigé sur le lieu exact de la découverte (11° 08′ 10″ N, 40° 36′ 00″ E). Il prend la forme d’une table d’orientation portant un texte rédigé en trois langues : amharique, afar et anglais.
🚀 Postérité et Héritage Culturel
L’impact de Lucy dépasse largement le domaine de la paléontologie. Elle est devenue une icône culturelle et scientifique, son nom ayant été immortalisé dans plusieurs domaines.
1. Dénomination Astrale 🌌
Le nom de Lucy a été donné à deux astéroïdes et à une mission spatiale :
- L’astéroïde (32605) Lucy porte son nom.
- L’astéroïde (152830) Dinkinesh est nommé d’après la version amharique du nom de Lucy (Dinqnesh : « tu es merveilleuse »). Cet astéroïde a été survolé en 2023.
- La sonde spatiale Lucy, qui a survolé l’astéroïde Dinkinesh en 2023, est également nommée d’après l’australopithèque.
2. Œuvres Littéraires et Cinématographiques 🎥
Lucy a inspiré de nombreuses publications scientifiques, mais aussi des œuvres de vulgarisation et de fiction, soulignant son importance dans l’imaginaire collectif sur les origines humaines :
Publications majeures de vulgarisation :
- Lucy : une jeune femme de 3 500 000 ans (1981), par Donald Johanson et M. Edey.
- Le genou de Lucy (1999), par Yves Coppens.
- Sur les pas de Lucy. Expéditions en Éthiopie (2018), par Raymonde Bonnefille.
Œuvres de fiction et documentaires :
- Le rêve de Lucy (1997), par Pierre Pelot, avec un texte d’Yves Coppens et des illustrations de Tanino Liberatore.
- Hominidé (2008), un ouvrage de Klaus Ebner où Lucy est un des personnages.
- Lucy (2019), une bande dessinée de Patrick Norbert (scénario) et Tanino Liberatore (dessin).
- L’Odyssée de l’espèce (2003), un film documentaire réalisé par Jacques Malaterre. Ce film reprend une description numérique de Lucy, la situant dans son environnement et lui imaginant une histoire personnelle.
- Lucy (2014), un film réalisé par Luc Besson qui fait explicitement référence à l’australopithèque.
📚 Documentation et Références Scientifiques
L’étude approfondie de Lucy repose sur un corpus important de travaux scientifiques, qui ont permis de décrire l’espèce et d’analyser son squelette.
1. Publications Scientifiques Fondatrices 📜
Les publications essentielles qui ont permis la description et la classification de Lucy incluent :
- Johanson, D.C. et Taieb, M. (1976), « Plio-Pleistocene hominid discoveries in Hadar, Ethiopia », paru dans Nature.
- Johanson, D., White, T.D. et Coppens, Y. (1978), « A new species of the genus Australopithecus (Primates : Hominidae) from the Pliocene of Eastern Africa », paru dans Kirtlandia.
- Coppens, Yves et Senut, Brigitte (1991), Origine(s) de la bipédie humaine.
Des études plus récentes ont continué d’affiner la compréhension de sa locomotion et des circonstances de sa mort :
- Ruff, C.B. et al. (2016), « Limb Bone Structural Proportions and Locomotor Behavior in A.L. 288-1 (« Lucy ») », paru dans PLoS ONE, qui soutient les aptitudes arboricoles.
- Kappelman, J. et al. (2016), « Perimortem fractures in Lucy suggest mortality from fall out of tall tree », paru dans Nature, proposant la théorie de la chute mortelle.
2. Reconnaissance Institutionnelle
Lucy et les informations sur sa découverte sont référencées dans de nombreux dictionnaires et encyclopédies généralistes, témoignant de son statut d’icône paléontologique. Ces notices incluent Britannica et Den Store Danske Encyklopædi. Des notices d’autorité sont également associées à ce spécimen.
Conclusion : Le Symbole de la Bipédie Précoce
Le spécimen AL 288-1, plus connu sous le nom de Lucy, demeure une figure incontournable de la paléoanthropologie. Datée de 3,18 millions d’années, cette découverte éthiopienne a été cruciale non seulement par son ancienneté et son état de conservation (40% du squelette), mais surtout parce qu’elle a établi de manière irréfutable que la bipédie — visible dans l’anatomie de son bassin et de son fémur — s’était développée bien avant l’accroissement cérébral. Bien que le débat persiste quant à son rôle direct d’ancêtre humain (beaucoup la voient comme une branche collatérale), et malgré les controverses sur son genre et les causes de sa mort (chute ou maladie), Lucy symbolise le passage critique vers la marche debout, ouvrant la voie à l’étude des premiers Hominines comme Ardi et Selam.
Pensez à Lucy comme la première page essentielle d’un très long livre d’histoire : elle ne représente peut-être pas l’auteur direct, mais elle contient le prologue fondamental qui a défini le genre de l’histoire à venir – l’histoire de la marche humaine.
